Participation, intéressement : piège pour les travailleurs, bénéfices pour les patrons

06 Septembre 2017

Alors que le gouvernement met en place le dynamitage de la législation du travail, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a vanté ses mesures à destination des salariés. Il a notamment mentionné l’augmentation de l’épargne salariale distribuée par les entreprises à sept millions de salariés, qui a atteint 17 milliards d’euros au titre de l’année 2015 et que le gouvernement a décidé de ne pas imposer.

Ce que le ministre présente comme un cadeau aux travailleurs n’est que de la poudre aux yeux, et en plus empoisonnée.

Mise en place par de Gaulle pour faire croire aux travailleurs que leur intérêt et celui de leur patron pouvaient s’accorder, l’épargne salariale est constituée de l’intéressement, de la participation et autres plans d’épargne d’entreprise. Pour bien des travailleurs, cela n’existe pas, ou bien correspond à des sommes si réduites qu’on ne les compte même pas.

Au fil des années, et surtout ces dernières décennies, dans bien des grosses entreprises, les sommes versées sous la forme de l’intéressement ou de la participation ont pris de plus en plus d’importance par rapport au salaire de base. Le patronat y trouvait largement son compte car, en plus de contribuer au mensonge de la collaboration de classes, cela a aidé à faire passer la pilule des salaires bloqués.

Pour les travailleurs, le piège est à bien des niveaux. D’abord, ces sommes ne sont au bout du compte que du salaire variable que le patron peut modifier à sa guise, voire supprimer quand il le souhaite, en se débrouillant pour faire disparaître tout bénéfice par des artifices comptables. Ensuite, il s’agit d’une part du salaire qui n’entre pas dans le calcul de la pension de retraite ou des droits au chômage. Enfin, c’est une manière de diviser les salariés entre eux : entre ceux des grandes entreprises qui touchent cette épargne salariale et ceux des petites qui ne la touchent pas, ou pas encore, au sein même d’une entreprise, entre les embauchés d’un côté et les intérimaires ou les sous-traitants de l’autre.

Voilà ce qui se cache derrière les mesures du gouvernement prétendument en faveur des travailleurs.

Pierre ROYAN