La Redoute : de Pinault à Moulin, d’un capitaliste à l’autre

06 Septembre 2017

Jeudi 31 août, la direction de La Redoute annonçait que l’entreprise était rachetée par les Galeries Lafayette. La presse s’extasie sur cette union entre La Redoute, ayant pris le virage du e-commerce, et le symbole des magasins de luxe, qui marieraient leurs compétences complémentaires.

La Redoute, présentée comme renaissante aujourd’hui, avait été revendue pour un euro symbolique à deux cadres dirigeants, Nathalie Balla et Éric Courteille, par Pinault qui, à l’époque, n’avait pas trouvé de repreneur.

Pendant des années, Pinault (PPR devenu Kering) avait siphonné l’entreprise et comptait s’en débarrasser à bon compte. Une forte mobilisation des travailleurs l’avait obligé, à son départ, à doter l’entreprise de 320 millions d’euros pour que ces deux cadres dirigeants, choisis comme repreneurs sans le sou, puissent faire tourner ce qui restait. Et il avait surtout dû également donner une somme de 180 millions pour financer les départs des salariés préretraités ou licenciés.

Depuis 2014, les nouveaux dirigeants ont ouvert une nouvelle plateforme logistique réputée la plus moderne d’Europe pour emballer et expédier les colis, où 550 salariés tournent en équipes, samedi, dimanche et jours fériés compris. La mise en route a été chaotique. Mais, quand ça tourne à fond, les conditions de travail sont devenues très pénibles, voire insupportables, en particulier pour les plus anciens. Sous couvert d’un modernisme à tout crin, les machines imposent leur rythme, les pauses sont rognées.

À Roubaix, dans les bureaux, le personnel a dû déménager dans une seule aile de l’ancienne entreprise et connaît la surpopulation dans des espaces bruyants. Des anciens sont mis à l’écart, des jeunes s’usent à des salaires au plancher.

Ainsi, au prix de cette offensive contre les conditions de travail, grâce à une exploitation renforcée des travailleurs, l’entreprise est redevenue intéressante pour une nouvelle famille de milliardaires, la famille Moulin. Celle-ci a donc acheté pour l’instant 51 % du capital pour une somme restée secrète, avec l’intention d’acquérir rapidement la totalité.

En attendant, tous les salariés qui restent à La Redoute connaissent dans leur chair d’où vient la bonification de ce capital : ils n’oublient pas les 1 200 collègues partis, les conditions de travail dégradées, le vol des jours fériés et les cadences intenables.

Correspondant LO