Italie : le Jobs Act ou la précarité généralisée

06 Septembre 2017

En France, les tenants de la réforme du droit du travail, représentants patronaux ou porte-voix du gouvernement, vantent les effets bénéfiques que des mesures du même ordre auraient eus dans d’autres pays d’Europe. Sont ainsi vantés les résultats du Jobs Act, équivalent en Italie de la loi travail, mis en place en 2015. Mais, selon les chiffres publiés fin août, on y assiste surtout à l’explosion de la précarité.

Le nouveau contrat dit à protection croissante, remplaçant le CDI, était censé assurer la fin de la précarité, en particulier pour les jeunes. Ce nouveau CDI réduit les garanties des salariés : la période d’essai va jusqu’à trois ans et les droits sont fonction du temps passé dans l’entreprise. Mais, même croissantes, ces protections sont encore trop contraignantes pour le patronat et, une fois épuisée une partie des incitations fiscales, le nombre d’embauches en contrat à protection croissante a chuté de manière vertigineuse. D’après les chiffres de l’Istat (l’équivalent de l’Insee), ils sont 73 % de moins qu’en 2015.

Cela n’a pas empêché Gentiloni, le Premier ministre, de vanter les résultats du Jobs Act et le fait que « 23 millions d’Italiens sont maintenant au travail ». Et tant pis si, dans le même temps, le nombre de chômeurs ne baisse pas et augmente même légèrement, à 11,3 % ! Le chiffre de 23 millions twitté avec enthousiasme par Gentiloni correspond au nombre de contrats signés, et un même travailleur peut en enchaîner plusieurs ! Comme le résume un commentateur : « Le nombre d’emplois s’améliore, mais pas leur qualité. »

Ainsi, 80 % des nouveaux contrats sont des contrats à terme, parfois très courts. En un an, de juillet à juillet, le nombre de contrats à durée déterminée a augmenté de 11,7 %, tandis que les CDI à protection croissante ne progressaient que de 0,6 % du total. Quant au chômage des jeunes, que le Jobs Act était censé résoudre en priorité en rassurant les patrons, il est toujours à 35,5 %, l’un des taux les plus élevés d’Europe.

Matteo Renzi, le père du Jobs Act, expliquait en 2015 : « La réforme, c’est l’accès de tous au CDI. » Deux ans de pratique montrent ce qu’il en est.

Nadia CANTALE