Gabon : les corrompus et les corrupteurs

06 Septembre 2017

L’enquête sur les biens mal acquis en France par l’ancien président du Gabon, Omar Bongo, aujourd’hui décédé, a révélé un patrimoine de 68 millions d’euros sous forme d’hôtels particuliers, de villas sur la Côte d’Azur, de voitures ou de costumes de luxe. Encore n’est-ce qu’une petite partie du trésor que la famille Bongo a pu détourner grâce à son entente avec les industriels et les banquiers français.

Cette enquête fait suite à la plainte déposée par plusieurs associations, qui vise aussi les familles des présidents du Congo Brazaville et de Guinée équatoriale. Dans le cas de la famille Bongo, il n’est pas encore sûr que l’enquête soit suivie de mises en examen.

L’ancien PDG d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, avait déjà rappelé comment le président gabonais était le partenaire direct du géant pétrolier et avait droit à titre personnel à 18 % des parts de sa filiale gabonaise. Omar Bongo avait été mis en place par de Gaulle et Foccart, son conseiller pour l’Afrique, afin de garantir les intérêts des compagnies pétrolières françaises après la perte des gisements algériens. Il était donc rémunéré à ce titre, et a pu pendant des décennies détourner des sommes représentant 10 % du budget gabonais. Il a pu aussi bénéficier du soutien de l’armée française contre son peuple, indigné par ces malversations. Aujourd’hui, ses héritiers, au premier rang desquels son fils Ali Bongo, se disputent cet héritage.

La banque BNP Paribas est elle aussi impliquée. C’est par elle qu’ont transité les fonds circulant de la famille Bongo aux sociétés écran qui effectuaient les achats en France. Les enquêteurs, cités par le journal Le Parisien, écrivent : « À aucun moment cette banque ne s’est prévalue de demander à son client l’origine des fonds et l’importance des volumes d’espèces. » Ils concluent : « La BNP Paribas a accepté de jouer un rôle important dans un système de blanchiment ».

Ces sommes dilapidées auraient pu permettre de construire au Gabon des dispensaires, des écoles ou des hôpitaux pour la population. Les Gabonais en ont été privés par le clan corrompu des Bongo. Mais pour qu’il y ait corruption, il faut qu’existent des corrupteurs, et c’est en France qu’ils se trouvent.

Daniel MESCLA