Les organisations humanitaires criminalisées

09 Août 2017

Le gouvernement italien continue sa campagne contre les organisations humanitaires qui portent secours aux migrants. Le 1er août il a édicté un « code de bonne conduite » pour multiplier les obstacles à leurs actions de sauvetage en même temps qu’il fait pression sur la Libye pour qu’elle empêche le départ des embarcations de migrants.

Ce code voudrait imposer aux navires des ONG d’être localisables en permanence et de ne pas entrer dans les eaux libyennes, ce qui n’est pas nouveau, mais il veut aussi leur interdire de transborder des migrants hors impératif humanitaire et les obliger à accepter à bord la présence de policiers armés. Le refus de signer ce code entraînerait l’interdiction d’accès à certains ports.

Dès le lendemain, un bateau d’une ONG allemande était mis sous séquestre sous l’accusation de complicité avec les passeurs, sans qu’aucune preuve en ait été donnée. C’était, prétend le gouvernement, une mesure sans rapport avec l’entrée en vigueur du nouveau code…

Cela fait des années que l’Italie est en première ligne. La plupart des pays européens, Allemagne mise à part, ont très vite fermé ou quasiment fermé leurs frontières et ont abandonné aux pays du sud la responsabilité de recueillir, de nourrir et d’héberger les migrants. Il en résulte un entassement des réfugiés dans des conditions de plus en plus catastrophiques. Il en résulte aussi une montée de la xénophobie largement utilisée par les partis politiques, de l’extrême droite aux démagogues du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, et sur laquelle s’appuie le gouvernement lui-même. La presse n’est pas en reste : le Corriere della Sera a sommé les ONG de choisir « entre l’Italie et les trafiquants ».

Les deux tiers des ONG ont refusé de signer ce code. Le président de Médecins sans frontières-Italie en dénonce l’absurdité, puisque c’est souvent un organisme officiel des secours en mer qui finalement les appelle pour aller recueillir des migrants. Il refuse aussi par principe de naviguer avec des policiers armés à bord. Il voit dans l’action du gouvernement la volonté de criminaliser les ONG et de limiter leur capacité d’action.

Une fois de plus, les victimes en seront les migrants : depuis le début de l’année, 96 000 personnes ont traversé la Méditerranée centrale et le Haut-Commissariat pour les réfugiés a dénombré 2 300 morts ou disparus.

Compliquer le travail des ONG n’enrayera pas les départs. La « stratégie honteuse » du gouvernement italien, selon les termes d’Amnesty international et la politique tout aussi honteuse et criminelle des autres pays européens continueront à transformer la Méditerranée en « une mer où il y a un mort toutes les deux heures ».

Sylvie MARÉCHAL