Croisières de masse : pas que beau

09 Août 2017

Périodiquement, lors de leur lancement, les médias ne tarissent pas d’éloges sur les mérites des paquebots géants qui embarquent plusieurs milliers de passagers.

Il est vrai que ces bâtiments hors normes offrent à tout un public, à un prix accessible, du moins dans les pays les mieux nantis, des séjours dont il n’aurait pas osé rêver il y a vingt ou trente ans. Et cela dans un décor et avec des prestations à l’image de ce monde de riches, dont le clinquant s’ajoute au dépaysement proposé. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère du tourisme de masse », vantent les organisateurs de ces croisières, qui se réjouissent de leur succès, et surtout de la rentabilité de leurs gigantesques investissements dans ces monstres des mers.

Mais derrière ce qui peut constituer une évasion pour certains, l’opportunité de s’offrir un rêve même fugace à la portée de leur bourse, c’est pour d’autres un véritable cauchemar.

C’est ce que montrent les reportages : des foules de touristes envahissent Barcelone ou Majorque en Espagne, Dubrovnik en Croatie, ou Venise. L’afflux de ces touristes peut apparaître comme une aubaine – et elle l’est pour une petite minorité de commerçants, liés bien souvent à des sociétés internationales – mais c’est devenu une calamité pour la majorité de la population locale. Pas seulement parce que cette présence massive perturbe la circulation ; mais parce qu’elle a une incidence immédiate et sensible sur les prix des denrées de consommation courante, sur le prix du logement, pour ne pas parler des nuisances sonores, environnementales, etc.

Il ne s’agit pas de déplorer les occasions de découverte, de rencontres et d’échanges. Encore que dans ces croisières surpeuplées les découvertes se limitent bien souvent à des boutiques de souvenirs, et les échanges à du change. Mais il s’agit de constater, une fois de plus, que ce qui pourrait constituer un enrichissement humain se transforme en son contraire, quand la priorité est donnée aux impératifs de rentabilité financière des croisiéristes.

Jean-Pierre VIAL