Budget militaire : le pactole des marchands de canons

26 Juillet 2017

L’état-major, la presse, les politiciens et les marchands de canons intéressés se sont élevés contre « la réduction de 850 millions du budget de l’armée ». L’annonce de cette prétendue coupe a entraîné un véritable psychodrame, la démission du chef d’état-major, des tirades patriotiques à n’en plus finir, une nouvelle série de tournées des popotes du président et de son ministre et des reportages larmoyants sur les fuites d’eau à la base de Toulon, les casernes décrépies, les pataugas à ressemeler.

Ce n’est pourtant pas la Berezina : pour boucler son budget le gouvernement coupe dans toutes les dépenses sociales mais reporte simplement de quelques mois les commandes de certains matériels militaires neufs. Naturellement, vu le prix de ce matériel, le moindre report se calcule en centaines de millions… puisque les dépenses se chiffrent en milliards. Macron avait par ailleurs annoncé, et maintenu, que le budget militaire augmenterait chaque année de 1,2 milliard d’euros à partir de 2018.

Cette comédie en cache peut-être une autre. Macron s’est depuis longtemps prononcé pour une défense, et donc une industrie de défense, européenne. Sa précédente ministre des Armées était même une militante de longue date de la constitution d’une armée européenne. Les gouvernements français et allemand ont annoncé il y a peu leur intention de lancer un avion de combat européen capable de remplacer ceux actuellement en service dans les différentes armées.

Or il y a en France partage des tâches et du marché militaire entre deux groupes. D’une part Dassault, actionnaire de Thales, lui-même actionnaire de Naval Group (ex-DCNS), fabrique de l’armement « français » en étroite symbiose avec l’État. D’autre part Airbus et ses filiales, premiers fournisseurs de l’armée avec le monopole des hélicoptères et des missiles, sont des conglomérats européens, même s’ils gardent des liens étroits avec l’État. Les groupes sont partiellement entremêlés mais chacun a besoin de l’État pour défendre ses profits, chacun ayant sans doute ses partisans parmi les hauts gradés, dans l’appareil de l’État, parmi les politiciens influents. La campagne contre la prétendue baisse du budget a tout l’air de cacher cette concurrence entre différents marchands de mort et leurs intérêts à long terme.

Quoi qu’il en soit, l’État dépensera des dizaines de milliards pour emplir les coffres des industriels de l’armement et les politiciens des tonnes de salive tricolore pour faire admettre à la population ce gâchis mortel.

Paul GALOIS