Irak : Mossoul reprise, la population continue de payer

11 Juillet 2017

Le Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, s’est empressé d’annoncer le 9 juillet la reprise de Mossoul, aux mains des milices de Daech depuis juin 2014. Il restait cependant encore un quartier, celui de Maidan au bord du Tigre, tenu par les djihadistes, sur lequel les bombes de l’aviation américaine continuaient à s’abattre. La seconde ville d’Irak, qui fut peuplée de 2 millions d’habitants, n’est plus qu’un champ de ruines.

Depuis le début de la bataille de Mossoul, il y a neuf mois, plus de 860 000 personnes ont fui les bombardements et les exactions des milices de Daech. Près de 200 000 seraient revenues chez elles, principalement dans l’est de la ville. Des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont morts dans les bombardements de la coalition dirigée par les États-Unis.

Pour la population irakienne, cette « victoire » ne constitue de toute façon pas la fin des souffrances. Depuis l’invasion du pays par les États-Unis en 2003, la population n’a cessé de subir la guerre et la lutte armée des milices de différentes tendances se disputant le pouvoir et le contrôle de territoires. Les huit années de guerre et d’occupation des armées américaine et anglaise ont en effet abouti au développement de groupes armés de toute tendance, dont ceux de Daech.

De l’aveu même du général américain qui dirige le centre des opérations conjointes de la coalition à Bagdad, Daech a encore largement de quoi se battre dans d’autres régions d’Irak et de Syrie dont Raqqa, que ses milices occupent encore. Mais de toute façon, même si Daech était vaincu, ce n’en serait pas fini du règne des milices, ni du chaos qui déchire la région depuis des années et qui a abouti à la quasi-partition de l’Irak en différentes zones chiites, sunnites et kurdes.

Derrière l’unité affichée dans le combat contre Daech à Mossoul, les rivalités entre le gouvernement irakien, la Turquie, les différentes milices, dont celles soutenues par l’Iran, et les Kurdes irakiens n’ont en effet jamais cessé, chacun plaçant ses troupes afin d’être en meilleure position pour contrôler une région dont le sous-sol regorge de pétrole.

Le Premier ministre du gouvernement autonome kurde d’Irak, Nechirvan Barzani, avait annoncé fin octobre 2016 : « Dès que Mossoul sera libéré, nous nous réunirons avec nos partenaires à Bagdad pour parler de notre indépendance. » Les combattants kurdes, les peshmergas, ont en effet participé à la première phase de l’offensive sur Mossoul, qu’ils considèrent comme faisant partie du Kurdistan irakien, officiellement autonome depuis 2005. Le gouvernement irakien était opposé à ce qu’ils prennent part à la suite des opérations militaires. Mais les Kurdes tiennent la quasi-totalité du territoire qu’ils revendiquent comme faisant partie de ce Kurdistan d’Irak, notamment des zones qu’ils se disputent avec Bagdad, comme la ville et la province de Kirkouk, riche en pétrole. Les dirigeants du Kurdistan irakien comptent organiser le 25 septembre prochain un référendum sur une indépendance qu’ils revendiquent depuis des années.

La Turquie, de son côté, a voulu être de la partie contre Daech, officiellement pour protéger les populations arabes sunnites. Mais elle est surtout opposée à la constitution d’un Kurdistan irakien indépendant, qui ne pourrait qu’inciter les Kurdes syriens à suivre le même chemin. Elle combat aussi l’influence que l’Iran exerce en Irak au travers de la présence des milices chiites qu’il finance et de ses unités d’élite, les gardiens de la révolution. La bataille pour contrôler des régions entières d’un Irak en pleine implosion depuis des années est en effet attisée par les affrontements entre les différentes puissances pour s’imposer comme chef de file dans la région.

Cette situation est la conséquence des différentes interventions impérialistes. Celles-ci ne combattent jamais la barbarie, ne mettent jamais fin au chaos. Bien au contraire, elles les engendrent et les alimentent.

Aline RETESSE