Île de La Réunion : Tereos, accapareur d’argent public

11 Juillet 2017

Au 1er octobre 2017, la libéralisation des marchés entraînera la fin des quotas garantissant aux producteurs de sucre l’écoulement de leur produit sur le marché européen. Selon les capitalistes du sucre, cela provoquera une baisse des prix et affectera leurs marges bénéficiaires.

En usant du chantage à l’emploi et avec l’aide des élus ultramarins, ils ont obtenu de l’État, sans coup férir, une aide annuelle de 38 millions d’euros à la filière sucrière ultramarine, dont 28 millions pour La Réunion, jusqu’en 2020. À La Réunion, la totalité de la somme a été attribuée à Tereos, qui n’entendait rien céder aux 3 000 planteurs qui approvisionnent ses deux usines et qui sont payés depuis des années 39,09 euros la tonne, sur lesquels 22 euros sont pris en charge par un fonds européen.

Dans les négociations sur la nouvelle convention canne, l’accord entre planteurs et usiniers qui fixe les conditions d’achat et de vente de la canne, entamées au mois de mai, les planteurs ont réclamé une hausse de 6 euros du prix de la tonne de canne. Face au refus catégorique de Tereos, les planteurs ont manifesté et ont commencé à faire reculer Tereos qui, de sa proposition insultante de 0,49 centime d’augmentation, est passé le 7 juillet à 2,50 euros.

Cela n’a pas satisfait les planteurs de canne, qui ont poursuivi leurs actions : manifestations escargot provoquant des embouteillages monstres, blocage de sites sucriers, occupation devant la préfecture. Pour l’heure, la campagne de coupe n’a pas démarré début juillet, comme elle aurait dû. Différents soutiens à la lutte des planteurs viennent de se manifester, qu’il s’agisse d’élus siégeant avec le PC et France insoumise, voire de droite et de la sénatrice PCR, de patrons des transports et de la CGTR.

La préfecture a bien sûr pris le parti de Tereos, menaçant les manifestants de poursuites. Et le département lui aussi vient à la rescousse de Tereos. Il a fait l’annonce d’une aide supplémentaire de 1,5 million d’euros pour la replantation de la canne, l’élu du département en charge de l’agriculture estimant qu’avec cela on approcherait les 6 euros revendiqués. Tout cela n’a pas calmé la détermination des planteurs, qui estiment toujours, à juste titre, que c’est à Tereos de payer.

Tout au long de cette crise, il n’est question que du prix de la tonne de canne. C’est avec raison que les planteurs veulent faire payer le géant Tereos. Mais cette revendication favorise la petite minorité des plus gros planteurs, sans rien dire des milliers de travailleurs du secteur : ouvriers agricoles, coupeurs de canne, ouvriers d’usines, techniciens et petits planteurs.

Les planteurs ont agi les premiers mais, le 10 juillet, les travailleurs de l’usine de Bois-Rouge ont débrayé pour les salaires. Ils ont avancé la revendication de un euro par tonne livrée à payer en salaire.

Le mépris dans lequel Tereos tient tous ceux qui font rentrer les profits dans ses caisses est en train de faire monter la colère. Comme l’ont souligné les manifestants, il est plus que jamais d’actualité d’imposer l’ouverture des livres de comptes. Tout le monde connaît le revenu de l’agriculteur, mais personne ne sait ce qu’il y a dans les caisses de l’usinier. C’est en avançant leurs revendications propres que les travailleurs du secteur pourront imposer à Tereos de payer, afin de ne pas être les laissés pour compte des grandes manœuvres des capitalistes accapareurs d’argent public.

Émile GRONDIN