Compte pénibilité : mépris total pour la santé des travailleurs

11 Juillet 2017

Macron et la ministre du Travail, Pénicaud, vont ajouter à leurs ordonnances de cet été contre le Code du travail une réécriture du compte pénibilité qui satisfait en tous points le patronat.

À l’époque de sa création, en janvier 2014, la reconnaissance de la pénibilité avait été présentée comme la contrepartie de l’allongement à 43 années de cotisation pour une retraite complète. Dix critères de pénibilité des postes de travail, comme le bruit, les charges lourdes, les températures extrêmes, etc., devaient être reconnus, donner droit à des points, et ceux-ci devaient permettre aux travailleurs soumis à ces conditions de travail reconnues comme pénibles de gagner quelques trimestres de cotisations, de travailler à temps partiel ou de changer de poste après une formation.

Ce dispositif était choquant, car il reconnaissait ainsi au patronat le droit d’abîmer la santé des salariés. Mais, même ça, c’était trop pour les patrons. Dès le départ, ils crièrent à l’usine à gaz et sabotèrent la mise en place du dispositif. En principe, chaque branche professionnelle devait évaluer la pénibilité de l’ensemble des métiers concernés à l’aide des différents critères, dans un référentiel. Mais les principales branches, comme la métallurgie ou le bâtiment, ne l’ont toujours pas fait. Elles ont volontairement traîné les pieds en attendant l’élection présidentielle.

Philippe et Pénicaud annoncent maintenant la suppression de quatre des dix critères de pénibilité : la manutention de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques liés à la mise en contact avec des produits chimiques. Dans ces quatre cas, plus aucune obligation pour les patrons. Pour un ouvrier du bâtiment qui toute la journée porte des parpaings sur un chantier, un autre qui manie le marteau piqueur ou un technicien qui respire quotidiennement des produits chimiques, le seul moyen de gagner quelques trimestres sur sa retraite sera, lors d’une visite médicale de fin de carrière, que soit reconnu un taux d’incapacité permanente supérieur à 10 %, c’est-à-dire d’être handicapé du fait de ce travail !

En outre, il était prévu que ce dispositif soit financé par des cotisations patronales. Mais, pour les patrons, il n’était pas acceptable de payer pour avoir ruiné la santé de leurs salariés. Le gouvernement a donc annoncé que le financement serait assuré par la caisse accidents du travail – maladies professionnelles de la Sécu, au prétexte qu’elle est bénéficiaire.

En fait, du compte pénibilité il ne reste même pas le nom, qui devient compte de prévention, car pour le Medef, le mot « induisait que le travail est une douleur ». Pour Macron, pas question de froisser l’oreille des patrons.

Antoine FERRER