Total en Iran : ça sent le gaz et le profit

05 Juillet 2017

La multinationale Total vient de signer à Téhéran un contrat qui lui permettra d’exploiter le gisement gazier Pars Sud dans le golfe Persique, plus grand gisement de gaz naturel du monde, partagé entre l’Iran et le Qatar.

Majoritaire dans cet accord, devant CNPCI, groupe sino-iranien, Total s’apprête à mettre en œuvre la phase 11 de l’opération, qui devrait représenter – grâce à deux plates-formes, 30 puits de production et deux gazoducs – plus de 10 % de sa production à l’échelle mondiale. Puis Total disposera des installations de compression en mer et envisage d’un œil gourmand les vingt ans d’exploitation à venir.

Fort de sa constante présence en Iran depuis 1954, malgré les sanctions prises par les grandes puissances occidentales, États-Unis en tête, depuis plusieurs décennies, Total investit gros dans ce projet, avec près de 5 milliards de dollars, dont une partie seulement sur ses fonds propres. « Ça vaut la peine de prendre un risque à un milliard de dollars, assure le PDG Pouyanné, parce que cela nous ouvre un vaste marché. » C’est une population de 85 millions d’Iraniens auxquels seraient vendus le chauffage, les transports et les produits d’une industrie pétrochimique « à faible coût technique », selon Pouyanné.

Total n’est pas seul à se précipiter sur la manne espérée de l’exploitation des hydrocarbures… et des travailleurs iraniens. Depuis dix-huit mois, 300 entreprises françaises ont entrepris des démarches pour s’implanter en Iran. Parmi les capitalistes français de l’automobile, Peugeot, en tête avec ses 35 % de parts de marché, a déjà signé des contrats pour fabriquer à Téhéran et à Kashan. Renault accourt également, ainsi que l’équipementier Faurecia, qui a annoncé l’implantation d’usines d’échappements et de planches de bord, en plus de celle qui produit déjà des sièges. Quant aux duettistes du BTP, Bouygues et Vinci, ils se sont depuis longtemps jetés sur le marché des aéroports.

Mais Total, en fait de risques, n’en court guère. Déjà auto-exempté d’impôt sur les sociétés en France entre 2012 et 2014, puisque se prétendant déficitaire sur les raffineries et les stations-service, Total avait touché 200 millions d’euros d’aides publiques, CICE et crédit d’impôts recherche. Cela lui avait permis d’arroser de dividendes, pour 8,7 milliards d’euros, des actionnaires addicts au parfum du pétrole… et de l’argent.

Viviane LAFONT