LGV vers Bordeaux et Rennes : des rails en or

05 Juillet 2017

Dès dimanche 2 juillet, des voyageurs ont pu profiter d’une réduction appréciable du temps de trajet entre Paris et Rennes ou Bordeaux, permise par l’ouverture de nouvelles lignes à grande vitesse.

La veille, Macron lui-même avait assuré la promotion de ces lignes en se rendant en Bretagne à bord d’un TGV flambant neuf, tandis que les ministres des Transports et de la Transition écologique se rendaient en Aquitaine.

Avec des billets dont les prix n’ont pas officiellement encore beaucoup augmenté, concurrence oblige avec l’avion, la SNCF se prépare à un afflux de millions de nouveaux voyageurs. Pourtant ce n’est pas elle qui devrait être la véritable bénéficiaire.

La construction des nouveaux tronçons de lignes à grande vitesse, pourvues de nombreux ouvrages d’art, a coûté 12,4 milliards d’euros. Le gouvernement Fillon-Sarkozy, au lendemain du Grenelle de l’environnement, avait décidé d’avoir recours à un financement public-privé particulièrement avantageux pour les capitalistes. Pour la construction du tronçon Tours-Bordeaux, qui a finalement coûté 7,8 milliards d’euros à lui tout seul, la société Lisea détenue par Vinci, la Caisse des dépôts ou encore Axa, a avancé 3,8 milliards. Elle a obtenu en échange une concession d’exploitation de la ligne pour 44 ans. Chaque rame de TGV passant sur les rails concédés au privé devra payer un péage d’un montant exorbitant. De plus, la société a obtenu le droit d’en augmenter le tarif de 3,5 % par an en plus de l’inflation pendant dix ans.

La SNCF espérait pouvoir réduire ses frais en limitant le nombre de passages de trains sur la ligne et en remplissant les trains à ras bord. Mais les actionnaires de Lisea ont obtenu du gouvernement Hollande un arbitrage favorable, avec 33,5 allers-retours par jour. Cela devrait leur rapporter 250 millions d’euros de versements annuels de la SNCF.

Ainsi, alors que la SNCF est largement endettée, qu’elle justifie les hausses de tarifs par la nécessité d’être rentable et multiplie les attaques contre les cheminots, ce sont des sociétés privées qui vont encaisser des fortunes pendant près d’un demi-siècle, avec l’appui continu des plus hautes sphères de l’État.

Gilles BOTI