Grande-Bretagne : après l’incendie de la tour Grenfell

05 Juillet 2017

L’article suivant est traduit de l’éditorial de nos camarades de Workers’ Fight (Grande-Bretagne-UCI).

On ne saura probablement jamais combien de gens ont perdu la vie dans l’incendie de la tour ­Grenfell, le 14 juin. Mais le bilan officiel, maintenant de 80 morts, est horrible. La conséquence en est un scandale politique majeur, et ce n’est pas trop tôt.

Les facteurs qui ont contribué à ce désastre se sont accumulés depuis près de 40 ans. Chaque gouvernement a eu sa part de responsabilité. Économiser sur les budgets sociaux et soulager les profiteurs du « fardeau » des réglementations en faisant « un feu de joie avec la paperasserie » était bien plus important que la sécurité des occupants de logements sociaux ! Après tout, ces locataires n’étaient-ils pas trop pauvres pour s’acheter un logement ?

Une irresponsabilité criminelle

Mais ce que l’on a vu depuis l’incendie de la tour Grenfell est, d’une certaine façon, pire encore. C’est la réaction chaotique d’une énorme bureaucratie dans laquelle chaque institution, du gouvernement May aux autorités locales, se précipite pour se couvrir, en essayant de se défausser sur quelqu’un d’autre – et, encore une fois, sans égard pour les conséquences pour les gens ordinaires.

May a été à l’initiative de ce grand jeu de dédouanement en ordonnant aux collectivités locales de faire inspecter immédiatement les logements publics. Comme on pouvait s’y attendre, dans la mesure où ce sont les experts du gouvernement qui sont les seuls juges, chaque panneau d’isolation testé a été jugé défectueux !

Qu’importaient à May les conséquences, tant que cela lui permettait de faire porter le chapeau aux conseils municipaux plutôt qu’à son propre gouvernement ? Elle a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne garantirait pas aux collectivités, pourtant exsangues, de financement supplémentaire pour les réparations.

May veut faire oublier que, depuis 2013, chaque gouvernement où elle a été ministre a ignoré les conclusions d’une enquête sur un incendie similaire, à Camberwell au sud de Londres, en 2009. Si des mesures avaient été prises, les victimes de la tour Grenfell seraient probablement encore en vie.

Comme on pouvait s’y attendre, l’initiative de May a placé les conseils municipaux dans une grande tension, terrifiés à l’idée de porter le chapeau. Le paroxysme a été atteint à 2 heures du matin de ce samedi où on a ordonné à 4 000 locataires de Camden, au nord de Londres, sans avertissement ni explication, de quitter leur logement. C’était le chaos complet. Ils furent massés dans des gymnases et des chambres d’hôtel. Rien n’avait été prévu pour les malades et les handicapés. Ceux qui refusaient de partir étaient menacés d’arrestation, comme s’ils étaient expulsés.

En publiant les ordres d’évacuation, les bureaucrates anonymes et les politiciens locaux n’auraient pu moins se soucier des conséquences pour les locataires. En suivant l’exemple de May, ils se couvraient !

Négligence et parasitisme

Alors, quand des politiciens posent aux champions de l’intérêt national, que ce soit sur le Brexit ou sur quoi que ce soit d’autre, il faut penser à ceux qui sont morts dans la tour Grenfell. La seule façon d’empêcher les profiteurs et leurs laquais gouvernementaux de faire des ravages serait que les travailleurs imposent leur propre contrôle sur la société, à tous les niveaux… y compris sur la gestion et l’entretien des logements sociaux.

Workers’ Fight