Après Juillet : les bolcheviks réprimés et calomniés

05 Juillet 2017

Les journées de Juillet à Petrograd à peine terminées, le gouvernement provisoire déclarait le Parti bolchevik coupable d’avoir voulu s’emparer du pouvoir par une insurrection armée. Peu lui importait qu’il ait au contraire contenu le mouvement dans les limites d’une manifestation pacifique : sa progression dans la capitale et à Moscou menaçait la coalition des « conciliateurs » socialistes-révolutionnaires et mencheviks avec la bourgeoisie. Un procès fut intenté à Lénine et ses compagnons, accusés de recevoir des financements de l’Allemagne et de trahir les soldats du front, alors que l’offensive russe tournait à la débâcle.

« Dans la nuit du 4 (juillet), écrit Trotsky, Pereverzev, qui était alors ministre de la Justice, livra à la presse des « documents » censés prouver qu’à la tête du parti des bolcheviks se trouvaient des agents stipendiés de l’Allemagne. Les dirigeants du Parti socialiste-révolutionnaire (SR) et ceux des mencheviks nous connaissaient trop bien, et depuis trop longtemps, pour prêter foi à cette accusation, mais en même temps ils avaient bien trop intérêt à ce qu’elle prenne pour la dénoncer au grand jour. Encore aujourd’hui, on ne peut sans dégoût évoquer le souvenir de cette orgie de mensonges déversés dans les pages de tous les journaux bourgeois et conciliateurs. »

Raskolnikov, dirigeant du soviet de Cronstadt, bolchevik, élu par les marins, décrit sa surprise à la lecture d’un journal bourgeois : « En première page tomba sous mes yeux une nouvelle stupéfiante, soigneusement détaillée, celle de la fuite de Lénine pour Cronstadt sous ma protection personnelle ! Le correspondant sans gêne, remplissant de pure science-fiction les premières colonnes de la bourgeoise Vetcherka, décrivait de manière sophistiquée les moindres détails, calculés pour un lecteur ignorant des faits et donnant à tout le récit une apparence de vraisemblance. »

Avec d’autres élus de Cronstadt, Raskolnikov est inculpé comme organisateur de la manifestation du 4 juillet. « Pokrovsky (SR de gauche, membre du comité exécutif de Cronstadt) m’appela d’urgence au ­soviet. Il me montra aussitôt un télégramme tout juste arrivé. Celui-ci était adressé au commandant de la forteresse de Cronstadt et lui prescrivait d’arrêter sans délai Rochal, Remnev et moi-même, et de nous envoyer à Petrograd. Le télégramme spécifiait qu’en cas de refus d’exécuter cet ordre, Cronstadt subirait un blocus et ne recevrait plus ni pain, ni argent.

J’étais conscient qu’il fallait à tout prix qu’un dirigeant du parti tel que Lénine échappe à la prison, parce qu’à ce moment-là, en cas d’arrestation, sa vie même aurait été sérieusement en danger entre les mains de la camarilla contre-révolutionnaire. (...) Mais nous, de mon point de vue, nous devions nous présenter devant le tribunal du gouvernement provisoire, pour réhabiliter publiquement le parti et nous-mêmes, nous efforcer de transformer notre procès en grande démonstration politique contre le régime bourgeois et démasquer ses inventions hallucinantes contre le parti de la classe ouvrière. »

À Petrograd, un officier haineux reçoit les inculpés venus se présenter aux arrêts : « Comment, on ne vous a pas encore tués ? On aurait dû vous fusiller en chemin. »

Trotsky décrit ainsi la situation : « Notre presse était écrasée. Petrograd la révolutionnaire sentait que la province et l’armée restaient loin de lui être acquises. Dans les quartiers ouvriers, le trouble s’instaura pour un court moment. Des mesures répressives s’abattirent sur la garnison, avec des régiments dissous et quelques unités désarmées. (...) Les prisons étaient bondées d’ouvriers et soldats révolutionnaires. Pour instruire l’affaire des 3, 4 et 5 juin, on avait rameuté parmi les juges tous les anciens chiens d’arrêt du tsarisme. Et c’est dans ces conditions que les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks osaient exiger de Lénine, de Zinoviev et d’autres camarades qu’ils se mettent volontairement entre les mains de la “justice”. »