Amiante : des milliers de morts et zéro responsable ?

28 Juin 2017

Un non-lieu sera-t-il prononcé en conclusion des plaintes au pénal dans les affaires d’empoisonnement par l’amiante ? C’est l’hypothèse scandaleuse qui est aujourd’hui évoquée.

En 1996, d’anciens salariés d’Eternit avaient déposé une plainte au pénal pour homicides involontaires et blessures involontaires contre les dirigeants de cette société internationale dont le bilan est de plus de 2 000 morts par cancer suite à l’inhalation d’amiante. Depuis, une vingtaine d’autres plaintes similaires ont été déposées concernant une vingtaine d’entreprises où des ouvriers ont été exposés à cette fibre tueuse et l’ont payé de leur santé ou de leur vie.

Vingt ans plus tard, en 2016, une étude était confiée à des experts pour déterminer la responsabilité pénale des dirigeants d’Eternit dans la survenue de maladies respiratoires et de cancers chez des ouvriers.

Au bout d’un an, en ce mois de juin, les juges délivrent leurs conclusions. Ils affirment qu’il leur est impossible de déterminer avec précision le moment où l’exposition aux fibres déclenche la maladie du poumon qui dégénère en cancer. Ils concluent qu’ils ne peuvent donc pas « réunir des charges qui pourraient être imputées à quiconque des chefs d’homicides ou blessures involontaires ». Il serait donc impossible d’incriminer les coupables.

Dans une manifestation des victimes de l’amiante et de leurs familles, une banderole proclamait : « L’amiante c’est 3 000 morts par an, les empoisonneurs doivent être jugés », une autre affirmait : « 100 000 morts ! Zéro responsable ? Nous n’accepterons jamais ! »

Les risques mortels de l’exposition à l’amiante sont connus depuis plus d’un siècle et c’est donc en connaissance de cause que les industriels ont obligé des générations de travailleurs à l’utiliser. Alors oui, ils doivent payer !

Sophie GARGAN