Mediator : autopsie d’un crime industriel

14 Juin 2017

Plus de six ans après que les premières plaintes ont été déposées, notamment par des victimes du Mediator aujourd’hui décédées à cause de maladies cardiaques liées à ce médicament, le procès contre le laboratoire Servier devrait enfin pouvoir se tenir.

Commercialisé pendant plus de trente ans, de 1976 à 2009, le Mediator serait responsable de 1 500 à 2 100 décès. Commercialisé initialement comme antidiabétique, on ne connaissait pas alors ses effets nocifs, mais le laboratoire Servier savait que c’était un médicament de la classe des amphétamines. Or, quand en 1997 tous les médicaments de cette classe chimique ont été retirés du marché à cause de leur toxicité cardiaque, le laboratoire a tout fait, utilisé tous les stratagèmes, toutes les pressions et les mensonges pour masquer la véritable nature du Mediator.

Celui-ci a donc continué d’être fabriqué, vendu et même remboursé à 65 % par la Sécurité sociale jusqu’en novembre 2009. Pendant douze années supplémentaires, il a donc continué à empoisonner et à tuer, avec l’autorisation si ce n’est la bénédiction des autorités de santé de l’époque, manifestement soucieuses de ne pas contrarier le laboratoire.

Depuis le dépôt des premières plaintes, Servier et les cabinets d’avocats à sa solde n’ont pas cessé d’utiliser tous les rouages de la machine judiciaire pour mettre des bâtons dans les roues des plaignants, afin de retarder la procédure, c’est-à-dire l’indemnisation des victimes.

Désormais, apparemment, le laboratoire ne peut plus reculer l’issue judiciaire. Les magistrats chargés de conduire l’action pénale contre Servier viennent de déposer leur réquisitoire mettant en cause des responsables tant du laboratoire que des autorités de santé pour « tromperie, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, escroquerie, blessures et homicides involontaires ». Mais l’eau coulera encore sous les ponts avant l’ouverture du procès, prévue au mieux au quatrième trimestre 2018 !

De nouvelles victimes du Mediator seront alors décédées. Le laboratoire Servier aura rempli ses objectifs d’industriel : dégager le maximum de dividendes de la vente de ses produits et donc en dépenser le moins possible pour les victimes.

Sophie GARGAN