L’effondrement du PS : tombé au champ d’honneur patronal

14 Juin 2017

Le Parti socialiste a subi aux élections législatives la même défaite retentissante qu’à l’élection présidentielle. Il ne conservera peut-être que vingt à trente députés, sur les presque trois cents sortants.

En 2012, au lendemain de l’élection de François ­Hollande, le PS avait pourtant la main sur tous les postes électifs, la présidence de la République, la majorité dans les deux Chambres, la présidence de toutes les régions sauf une et de la plupart des départements, les mairies de nombreuses villes, grandes et petites. Ses victoires électorales devaient certes beaucoup au rejet que Sarkozy et dix ans de gouvernements de droite avaient suscité dans les couches populaires.

Hollande et ses ministres se sont mis tout de suite à la tâche… en faveur du grand patronat. Sur le plan économique, les cadeaux aux plus riches se sont multipliés, pendant que les plans de licenciements s’ajoutaient sans que jamais le gouvernement s’y oppose. La politique étrangère de Hollande s’est caractérisée par une série d’interventions militaires, le resserrement des relations avec toutes les dictatures de la planète, pourvu qu’elles achètent des armes aux marchands de canons français. La politique intérieure a été marquée par une série de mesures et de déclarations contre les migrants, les Roms, les travailleurs étrangers. Puis, après les attentats, par la course au sécuritaire, les flatteries en direction de la police et de l’opinion d’extrême droite, la désignation des musulmans comme boucs émissaires.

Hollande, Ayrault puis Valls ont mené une politique antiouvrière que la droite n’aurait sans doute pas osé entreprendre à ce point.

Le résultat a été que le PS, ses alliés écologistes et tous les politiciens peu ou prou assimilés à la gauche ont perdu les élections et leurs positions, les unes après les autres. Chaque fois, les électeurs restants comme ceux qui partaient vers l’abstention, voire vers le FN, ont pu constater que cela ne faisait pas changer le gouvernement PS. Il y a bien eu quelques voix discordantes et impuissantes, mais il continuait imperturbablement à servir des milliards au grand patronat, des licenciements aux ouvriers et des CRS aux manifestants. Cette politique a fini en apothéose avec la loi El Khomri, rejetée par le monde du travail et applaudie par le grand patronat, combattue par les grèves et les manifestations et finalement imposée par un gouvernement déconsidéré et désormais vomi par les couches populaires.

Une seule chose a changé, du moins on le soupçonne, dans la politique du PS : au plus haut niveau, certains ont alors commencé à préparer l’opération Macron, solution de rechange pour leurs carrières personnelles mais surtout pour la stabilité politique du pays et la marche tranquille des affaires patronales.

Hamon, le candidat officiel du PS, qui a essayé de lui redonner une vague couleur de gauche, a récolté 6,35 % des voix à l’élection présidentielle. Le PS a fait moins de 10 % aux élections législatives. Il est déconsidéré, ruiné, exsangue.

L’appareil, qui vivait de son appartenance à un parti de gouvernement, se retrouve donc en partie au chômage. Les plus malins sont déjà chez Macron, les plus titrés se recaseront dans les grandes entreprises. D’autres mènent la tentative, qui apparaît aujourd’hui désespérée, de redonner un peu de crédit à une « vraie gauche » qui serait en état de proposer un « vrai changement » à la prochaine échéance, quand Macron se sera à son tour déconsidéré.

L’effondrement électoral du PS démontre, s’il en était besoin, dans quelle impasse ces gestionnaires loyaux du capitalisme mènent les travailleurs. Le sort de ceux, au PS ou chez ses alliés, qui ont fait métier de propager cette illusion n’a d’importance que pour eux-mêmes et leurs coteries respectives. En revanche, il est vital qu’une fraction au moins des travailleurs tire de cet épisode d’autres conclusions que le rejet de l’action collective ou l’attirance pour un nouvel illusionniste, un Macron, un Mélenchon voire une Le Pen. Face à cette fausse alternative, les travailleurs ont besoin d’une politique révolutionnaire, d’une politique de lutte de classe et d’un parti réellement communiste pour la conduire.

Paul GALOIS