Le succès de Macron : discrédit des partis et renouveau de façade

14 Juin 2017

Le parti d’Emmanuel Macron a remporté une victoire sans partage au premier tour des élections législatives. Les projections dans la future Assemblée à l’issue du deuxième tour lui attribuent plus de 400 sièges.

C’est d’abord le résultat prévisible d’un système politique visant à donner au président élu une majorité parlementaire et permettant de donner une apparence démocratique aux décisions du gouvernement en faveur de la bourgeoisie. Alors que le parti La République en marche n’a obtenu les suffrages que de 15,4 % des inscrits, il aura une confortable majorité absolue à l’Assemblée nationale et légitimera ainsi ses attaques contre le monde du travail.

En dehors du petit milieu des appareils politiques, l’élection s’est déroulée dans un climat d’indifférence, beaucoup estimant que les jeux étaient faits d’avance avec l’élection de Macron à la présidence.

La déconsidération profonde des vieux partis politiques, leurs électeurs se partageant entre l’abstention et le vote parfois pour des inconnus présentés par LREM, s’est traduite par l’effondrement de leurs résultats. Mis à part le FN, un peu épargné avec 500 000 voix en moins, Les Républicains ont perdu 3,5 millions de voix et le PS 5,9 millions par rapport au premier tour des élections législatives de 2012.

L’attraction électorale du parti de Macron reflète en partie la perte de repères politiques qui s’accentue dans l’électorat populaire. Les porte-parole du président ont su faire résonner un refrain à la mode, le plus vide de contenu possible, sur la nécessité de dépasser les clivages gauche-droite, sur le rejet des vieux appareils, sur la nécessité de modernisation de la vie politique.

Après avoir su quitter à temps le navire gouvernemental de Valls-Hollande en train de sombrer, après avoir su rassembler au sein de son mouvement suffisamment de jeunes loups et de vieux briscards écartés des états-majors politiques en place, Macron est parvenu à se faire élire à la présidence avec, comme programme, l’énergie de sa jeunesse face à des politiciens usés par leurs passages au pouvoir et égratignés par de trop nombreuses affaires. Il a remplacé l’affichage momentané d’un programme jamais tenu par la promesse sans contenu d’un renouvellement et d’une modernisation de la vie politique susceptibles de relancer l’activité économique, voire de protéger le pays de l’arrivée au pouvoir du Front national.

Mais, derrière le rideau de fumée, la réalité est restée la même. L’appareil LREM a offert un nouvel emballage à l’opération de blanchiment d’une multitude de carriéristes mis sur la touche, comme Bruno Lemaire, ancien candidat à la primaire de la droite et devenu ministre de l’Économie du premier gouvernement Macron, à d’anciens députés du PS retrouvant ainsi une seconde jeunesse, comme Castaner, aujourd’hui secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, ou encore à d’anciens ministres, comme Le Drian, à peine sorti du gouvernement ­Valls. Deux tiers des candidats de LREM ont travaillé dans l’entourage de politiciens, ont été eux-mêmes élus, voire membres de cabinets ministériels. Et, parmi les représentants de la « société civile » mis en avant pendant la période électorale, on trouve pour l’essentiel des membres de professions libérales, des petits patrons qui confondent leurs intérêts de petits-bourgeois aisés avec ceux de l’ensemble de la société.

Au-delà du remue-ménage électoral rejouant la comédie des chaises musicales au sein des partis en place, c’est bien la politique de la bourgeoisie et ses exigences en période de crise que s’apprête à orchestrer l’équipe autour du président Macron. Dans la continuité des gouvernements précédents, son objectif clairement affirmé est la destruction accélérée des protections juridiques des salariés, de nouvelles attaques contre les chômeurs et les retraités, la hausse de la CSG pour les uns tandis que la classe riche verra l’ISF vidé de son contenu et les prélèvements sur les profits des entreprises encore diminués.

Gilles BOTI