Lapeyre : pas son pareil pour tricher aux dépens des salariés

07 Juin 2017

L’entreprise Lapeyre, qui fabrique et vend des portes et fenêtres, a fort bien utilisé les subtilités juridiques pour dissimuler, entre 2002 et 2008, ses bénéfices.

Filiale de Saint-Gobain, Lapeyre emploie plusieurs milliers d’ouvriers dans onze usines, indépendantes juridiquement, et distribue la production par sa filiale Distrilap, qui possède une centaine de magasins. Mais les profits générés par les ouvriers et les employés étaient dans cette période entièrement attribués aux deux holdings du groupe, dépourvues de tout salarié. 96 % des bénéfices échappaient donc au calcul de la prime de participation versée aux 9 500 salariés, qui n’ont perçu en tout et pour tout qu’une somme infime calculée sur les 4 % restants.

Un cabinet d’experts a calculé que les patrons auraient ainsi détourné, sur cette période, 81 millions d’euros au détriment des salariés, qui auraient dû toucher une prime annuelle d’environ 2 000 euros. Patrons et actionnaires en ont vu leurs dividendes gonflés d’autant. Depuis 2011, le périmètre de calcul de la participation a été redéfini, mais il semble que la conjoncture, moins favorable à l’entreprise que celle de la décennie précédente, n’a pas permis aux travailleurs de chez Lapeyre de toucher une prime importante.

Ce n’est de toute façon pas ces compléments au salaire, même lorsqu’ils atteignent l’équivalent d’un mois de paye, qui peuvent rattraper la baisse du pouvoir d’achat. Non seulement ils ne comptent pas pour le calcul de la retraite, mais ils sont aléatoires et dépendent, l’exemple de Lapeyre le montre, de l’inventivité des patrons et de leurs juristes pour dépouiller le plus possible les travailleurs.

Il n’empêche que, cette fois, plus de 1 700 salariés ont intenté une action contre le patron et le groupe pour récupérer la participation non versée à l’époque. Ils ont raison et, avec son 1,3 milliard de profits annoncé pour 2016, Saint-Gobain a largement de quoi leur payer leur dû.

Viviane LAFONT