Italie : une campagne contre les migrants

10 Mai 2017

Le procureur de Catane, en Sicile, Carmelo Zuccaro, s’en est pris aux organisations non gouvernementales (ONG) qui se portent au secours des migrants en Méditerranée. Il reprend des allégations déjà formulées par l’agence européenne Frontex, chargée de surveiller et d’intercepter les migrants, avec mission de les sauver mais aussi d’en renvoyer le plus possible d’où ils viennent.

Le procureur a repris ces accusations : les bateaux des ONG seraient trop près des côtes libyennes, à portée d’appel des passeurs, qui les préviendraient directement d’avoir à secourir les passagers de bateaux de plus en plus délabrés et prêts à couler. Ces ONG serviraient ainsi de « taxis » et, selon Zuccaro, cette activité empêcherait la police d’identifier les trafiquants.

Le procureur se garde d’attaquer des organisations connues, telles que Médecins sans frontières ou Save the children, mais s’en prend à de nouvelles ONG car, prétend-il, « dans ces organisations, il n’y a pas que des philanthropes ». Il prétend avoir des enregistrements de communications téléphoniques, des preuves de cette collusion, pour le moment inutilisables devant un tribunal.

L’affaire a déclenché une polémique. Les ONG ont protesté mais un ministre a approuvé « à 100 % » le procureur qui posait « une vraie question ». Le parti xénophobe la Ligue du nord a renchéri, parlant d’une « invasion organisée, financée et planifiée ». Le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo a stigmatisé les « bandes d’hypocrites qui ont toujours fait semblant de ne pas voir le business de l’immigration ». Et le procureur a plaidé sa cause devant une commission du Sénat, réclamant des mesures comme la présence d’officiers de police sur tous les navires et des contrôles sur les finances des ONG.

Cette offensive réactionnaire peut trouver de l’écho, d’autant plus facilement que l’Italie recueille 80 % des arrivées par mer depuis la Libye et a vu, en trois ans, débarquer plus d’un demi-million de réfugiés.

Compliquer encore l’action des ONG, aggraver les risques pour les migrants cela ne mettra évidemment pas fin aux migrations dont les pays riches sont responsables par les guerres et la misère qu’ils répandent dans le monde. Cela risque seulement de condamner encore plus de réfugiés à disparaître en mer. Cette criminalisation de la solidarité, selon l’expression d’un porte-parole d’une ONG, est à l’image d’une société qui se hérisse de barbelés contre les pauvres.

Sylvie MARÉCHAL