Sécurité sociale : le plan d’attaque de Fillon

30 Novembre 2016

« Moi je veux sauver la Sécurité sociale... » : c’est ce qu’a osé déclarer François Fillon au lendemain de sa victoire, alors même qu’il projette un nouveau plan d’attaques, un de plus, pour envoyer l’Assurance-maladie à la casse, et les malades avec.

Dans son programme, Fillon envisage en effet de réserver les remboursements par l’Assurance-­maladie aux maladies graves, aux affections de longue durée et aux hospitalisations. Pour le reste, pour les maladies courantes et les soins qui vont avec, il n’y aurait plus de remboursement par la Sécurité sociale. Cela deviendrait du ressort des complémentaires-santé, et les compagnies d’assurance privée se frottent les mains à la perspective de ces nouvelles aubaines.

Pour les patients atteints de maladies dites courantes, on imagine les conséquences d’un tel projet. Les plus riches souscriront de bonnes assurances-santé privées, garantissant à eux et leurs enfants, tout au long de la vie, un bon suivi et des soins de bonne qualité. Les autres continueront à devoir payer leurs cotisations sociales qui serviront, peut-être, pour leurs futures maladies graves et hospitalisations. En attendant, faute de souscription à une assurance privée, ils y regarderont à deux fois avant d’aller consulter pour une grippe ou des douleurs.

Quant aux plus pauvres, ils n’auront même pas le loisir d’une hésitation : ils ne se soigneront plus. Faute de soins de prévention, faute de soins à temps sur des pathologies légères, c’est l’état de santé général des plus pauvres qui sera aggravé. Alors que l’espérance de vie d’un ouvrier est déjà inférieure de sept années à celle d’un cadre, on connaît la suite.

Fillon promet bien sûr qu’il n’en sera rien : « Je prends l’engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins bien remboursées. » Mais qui pourrait lui faire confiance ? Son projet politique est de sauver le système, de sauver l’organisation capitaliste de la société, pas la peau des pauvres !

Fillon était Premier ministre de Sarkozy quand celui-ci mit en place les franchises qui retiennent aujourd’hui un euro sur chaque consultation et cinquante centimes sur chaque boîte de médicament, à hauteur de 50 euros de non-remboursement par an. Déjà, à l’époque, Fillon en appelait à une franchise globale, un seuil en dessous duquel l’Assurance-maladie ne rembourserait rien du tout. Aujourd’hui, il réitère, envisageant de ne pas rembourser les dépenses de santé à concurrence de 200 euros par année.

Il est vrai qu’il est loin d’être le premier à s’attaquer aux remboursements des soins par la Sécurité sociale. C’est une histoire qui remonte à près de quarante ans, quand en 1977, sous Giscard d’Estaing, le remboursement des médicaments dits de confort est passé de 70 % à 40 %. Puis sous Mitterrand, sous Chirac, sous Sarkozy, sous Hollande, il y eut tour à tour le forfait hospitalier et son augmentation régulière, les déremboursements et les moindres remboursements de médicaments, les franchises… Les plans dits de sauvetage de la Sécurité sociale se sont succédé presque tous les ans, pour faire payer plus les salariés et rembourser moins les malades. Fillon veut ajouter son œuvre à la déconstruction, à la casse de l’Assurance-maladie et de la santé des couches populaires.

Sophie GARGAN