Nice : l’aide aux migrants passible de six mois de prison

30 Novembre 2016

Au tribunal de Nice, mercredi 23 novembre, le réquisitoire du procureur de la République a demandé six mois de prison avec sursis pour aide à la circulation d’étrangers en situation irrégulière contre un homme qui était venu en aide à des migrants.

Dans les Alpes-Maritimes, la vallée de la Roya borde la frontière italienne. Depuis quelques semaines, le nombre de migrants franchissant clandestinement la frontière avec la France explose. On peut voir des files d’hommes, de femmes et d’enfants, à pied, le long de l’autoroute ou prenant les chemins de montagne pour échapper aux forces de police françaises.

Ces migrants viennent de l’autre côté de la Méditerranée, en particulier d’Afrique, et ont souvent parcouru déjà des milliers de kilomètres et traversé la mer au péril de leur vie. Et ils se retrouvent coincés à Vintimille, en Italie, à la frontière française, après avoir accosté à Lampedusa. Ils essayent de franchir la frontière, soit par la côte, soit de plus en plus souvent par les Alpes.

Face à cet afflux, un véritable mouvement de fond spontané s’est créé et de nombreuses personnes leur viennent en aide, malgré la loi qui interdit de secourir ces « clandestins » sous peine de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Des associations organisent des collectes et ont mis en place un lieu d’hébergement dans la vallée. L’un de leurs militants, Cédric Herrou, a été arrêté et devra comparaître en janvier. En effet le 17 octobre plusieurs habitants, dont il faisait partie, ont répondu à l’appel d’associations (dont la Ligue des droits de l’homme et Amnesty International) et ouvert un squat dans une colonie SNCF désaffectée. Il comparaîtra pour aide à l’entrée et au séjour sur le territoire national.

Mercredi 23 novembre, c’est Pierre-Alain Mannoni qui a comparu au tribunal de Nice. Il avait pris dans sa voiture trois jeunes femmes érythréennes, dont une mineure, pour les emmener se faire soigner à Marseille par une association qui les attendait. Quelques jours auparavant, il avait aussi hébergé des migrants pour une nuit, avant de les déposer hors du département. Il est accusé donc d’aide à la circulation d’étrangers en situation irrégulière.

Il revendique haut et fort son acte. Il déclare avoir simplement été fidèle « à des valeurs qu’il essaye de donner à ses enfants parce que demain il ne veut pas que, par peur, ils en viennent à laisser crever quelqu’un sur le bord du chemin ». Et, contrairement à ce que veulent nous faire croire nos dirigeants, il n’est pas seul à partager ce sentiment. Le jour de son procès, plusieurs centaines de manifestants étaient venus devant le tribunal soutenir cet acte de simple solidarité humaine.

La réquisition de six mois de prison avec sursis a surpris par sa sévérité. Il semble qu’il s’agisse de faire un exemple pour décourager les bonnes volontés. Mais vu les nombreux témoignages, la solidarité reste une valeur partagée par beaucoup. Comme s’indigne une habitante de la vallée : « Donner un toit et soigner des humains, c’est criminel ? J’ai juste peur d’en trouver un mort dans mon jardin. »

Eric Ciotti, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, a fait de la démagogie xénophobe son fonds de commerce. En septembre dernier, il n’a pas eu de mots assez durs contre la suppression, très limitée, de certains aspects de la loi sur le délit d’aide à l’entrée et aux séjours irréguliers par la gauche en décembre 2012. Ce décret-loi datant de 1938 avait été remis au goût du jour par Sarkozy quand il était ministre de l’Intérieur. Ciotti a d’ailleurs fait voter par son département une motion refusant l’accueil de migrants venant de Calais.

La fermeture de frontières et la répression contre ceux qui leur portent secours est la seule réponse du gouvernement actuel à l’arrivée de ces migrants. C’est une politique criminelle.

Correspondant LO