Le Pen à La Réunion et Mayotte : ennemie déclarée des travailleurs

30 Novembre 2016

Marine Le Pen est venue à La Réunion et à Mayotte. Ayant atterri le 27 novembre à l’aéroport de Saint-Denis, en misouk (discrètement, en créole), elle s’est dérobée par une porte latérale pour ne pas se retrouver face à des manifestants venus la contester.

En revanche, Le Pen a aussitôt égrené son ­programme clairement pro­patronal, imprégné de relents racistes et xénophobes. Elle prétend apporter « un message différent » des Républicains et du PS. Mais ses déclarations, chargées d’une haine tenace envers les étrangers, labourent le même sillon que la droite et même le gouvernement dès lors qu’il s’agit de défendre les intérêts des riches, dont sa famille fait partie. « J’apprécie, a-t-elle dit, de discuter avec les chefs d’entreprise, des gens qui se battent contre la corruption, qui défendent les artisans, qui défendent les plus abandonnés. » Décidément, pour parler ainsi, elle ne vit pas dans le monde des travailleurs.

Sous prétexte de relancer l’emploi, la représentante de l’extrême droite n’innove pas non plus quand elle propose de créer des « zones ultramarines françaises à investissements prioritaires », des sortes de zones franches censées favoriser la compétitivité. Ces mesures, qui consistent à accorder aux capitalistes des exonérations sociales, subventions ou autres avantages fiscaux, figurent également dans les programmes des candidats de droite et de gauche, qui se bousculent pour servir la cause patronale.

Comme à l’accoutumée, Le Pen prétend que l’immigration et le communautarisme feraient des ravages en France, à La Réunion et à Mayotte. Pour contrecarrer une immigration « massive » en provenance des Comores, elle propose « l’expulsion immédiate » des étrangers, une « tolérance zéro en matière d’immigration clandestine » et bien d’autres mesures toutes aussi coercitives que démagogiques, destinées à berner les travailleurs et les pauvres en désignant les étrangers comme les responsables de leurs malheurs. À propos de Mayotte, elle cache volontairement que, durant des siècles, la circulation des populations était libre entre les îles de l’archipel, ce qui n’est plus le cas depuis l’instauration des visas Balladur en 1995.

Si les caisses de l’État se vident, si la santé des classes populaires se dégrade, si le chômage écrase le monde du travail, ce n’est pas à cause des immigrés, souvent pauvres parmi les pauvres. C’est au contraire la conséquence d’une politique qui appauvrit les travailleurs, les retraités, les chômeurs pour remplir les poches déjà bien pleines des capitalistes. Ce sont eux les véritables responsables du chômage et de la misère, pas les travailleurs qui en sont victimes et encore moins les pauvres hères qui fuient leur pays, risquant leur vie en espérant trouver mieux ailleurs.

Le Pen sait tout cela. Mais comme beaucoup d’autres politiciens avides de pouvoir et à plat ventre devant la bourgeoisie elle a choisi le camp des exploiteurs, le camp des riches, ce camp qui lui sied si bien.

Émile GRONDIN