Haïti : l’ONU et le choléra

26 Octobre 2016

L’ouragan Matthew, en dévastant une partie d’Haïti, fait peser la menace d’une extension catastrophique de l’épidémie de choléra qui sévit dans le pays depuis 2010 et a déjà fait officiellement 9 300 morts, nombre que Médecins sans frontières considère comme largement sous-estimé.

Cette épidémie de choléra, dans un pays où la maladie n’existait plus depuis un siècle et demi, a été introduite en 2010 par un bataillon de casques bleus népalais de la Minustah, la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. Mais l’ONU a nié l’évidence pendant des années et ce n’est qu’en août dernier qu’elle a accepté de faire allusion, de façon très alambiquée, à « sa propre implication dans le foyer initial ». Contre l’épidémie, l’ONU disait alors qu’il était « nécessaire de faire beaucoup plus » pour « stopper cette maladie de toute urgence » !

Les responsables de l’ONU veulent trouver 200 millions de dollars pour ce faire et 200 millions de dollars comme aide matérielle, et pas comme indemnités aux victimes. Le secrétaire général de l’ONU veut soumettre un plan d’aide à l’assemblée générale, avant la fin de son mandat qui expire le 31 décembre. Comme quoi l’urgence peut attendre, d’autant que, malgré l’insuffisance des sommes envisagées, le financement en question est encore loin d’être assuré !

Selon le conseiller spécial de l’ONU chargé de récupérer les fonds et de négocier avec le gouvernement haïtien, « obtenir des contributions volontaires est difficile. Il est hautement improbable que nous soyons capables de réunir 200 millions de cette façon. » Quant à demander aux États membres une rallonge budgétaire, « ce n’est pas évident »… bien qu’il s’agisse, selon le vice-secrétaire général des Nations unies, « d’une responsabilité morale collective de l’ensemble de l’Organisation ».

Par contre, il n’y a eu ni retard ni problème financier pour que cette caverne de brigands qu’est l’ONU décide de prolonger de six mois, jusqu’au 15 avril 2017, le mandat de la Minustah. Selon le Conseil de sécurité qui a pris cette décision, « l’une de ses tâches les plus cruciales » n’est nullement la lutte contre la pauvreté, les épidémies ou les conséquences des ouragans et tremblements de terre, c’est « le renforcement des capacités de la police nationale ». Ainsi, elle pourra agir contre tout mouvement de révolte de la population !

Dominique CHABLIS