Cameroun : grave accident ferroviaire chez Bolloré

26 Octobre 2016

Vendredi 21 octobre, un train surchargé a déraillé au Cameroun, entre les deux principales villes du pays, la capitale Yaoundé et Douala, faisant au moins 79 morts et 551 blessés, selon l’état actuel des recherches sur place.

Juste avant, la route reliant ces deux villes avait été coupée, à la suite d’un effondrement de la chaussée. Pour faire face à un soudain afflux de voyageurs, la compagnie ferroviaire Camrail a alors décidé d’ajouter des voitures supplémentaires au train habituel. Il y avait donc huit voitures en plus des neuf déjà en place et le total des passagers a sans doute atteint 1 200 ou 1 300.

Est-ce la masse des voitures en supplément qui a entraîné le déraillement ? Peut-être, mais ce n’est pas sûr. Des voyageurs ont fait état d’une vitesse qui leur a paru excessive. D’autres ont émis l’hypothèse de freins défectueux sur certains wagons. À la suite du déraillement, les quatre dernières voitures se sont empilées dans un ravin et des cadavres y gisent peut-être encore.

Peu de temps après l’accident, le ministre des Transports, manifestement mal informé et cherchant à couvrir les autorités, a déclaré à la télévision qu’il voulait « apporter un démenti catégorique à une information malveillante qui fait état d’un déraillement ». Aujourd’hui, beaucoup de Camerounais réclament sa démission.

Mais la responsabilité essentielle appartient à la Camrail. Cette société a succédé à la Régie nationale des chemins de fer du Cameroun, lorsque cette dernière a été privatisée en 1999. Le groupe Bolloré y est largement majoritaire, avec 77,4 % du capital. Ce même Bolloré possède les installations d’un grand nombre de ports de l’Afrique de l’Ouest, dont le terminal pour conteneurs à Douala, ainsi que divers chemins de fer.

Bien que sa publicité prétende que « Bolloré railways place la sécurité avant tout », en réalité, la ligne camerounaise n’était pas particulièrement soignée. Construite à voie étroite, du temps de la colonisation – un mètre entre les rails, alors que l’écartement international est de 1,43 mètre – elle nécessite des locomotives anciennes adaptées à cet écartement. L’ensemble est donc un matériel ancien, vieillissant, inadapté et faisant courir des risques.

Bolloré, patron de presse et de télévision, qui en ce moment fait face à une grève à i-Télé, et qui possède le journal gratuit Direct Matin, voudrait que cela ne se sache pas. Dans une dépêche de l’AFP faisant état de la catastrophe ferroviaire du Cameroun et signalant que la Camrail appartenait à Bolloré, cette précision a disparu du journal imprimé.

André VICTOR