Hôpitaux de Paris : sous-effectif et désorganisation

24 Août 2016

L’été est toujours une période plus difficile pour les salariés des hôpitaux, vu le manque chronique de personnel. Mais, cette année, la perspective de l’application au 1er septembre du plan de Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, tend encore la situation.

En 2015, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, annonçait 3 milliards d’euros d’économies supplémentaires pour les hôpitaux publics, avec 22 000 suppressions de postes par an sur trois ans.

Pour réduire la masse salariale, Hirsch présentait un projet qui supprime des jours de congés (de trois à sept, voire dix pour les nouveaux embauchés) en réduisant la journée de travail de quelques minutes, en supprimant les horaires fixes et en augmentant la flexibilité et la mobilité. Un mouvement du personnel, qui resta limité, a rassemblé pendant trois mois des milliers de salariés lors de journées de grève et de manifestations. Hirsch a modifié son projet à la marge, notamment sur la journée de 7 heures, qui aurait supprimé tous les RTT, et sur le fait que la demi-heure de repas ne sera pas comptée dans le temps de travail.

Aujourd’hui le plan est applicable. Dans la plupart des services, l’encadrement veut imposer de nouveaux plannings. Dans certains services, les cadres appliquent un roulement fixe toutes les deux semaines ; dans d’autres, elles organisent un roulement matin/après-midi qui n’a ni queue ni tête ; ailleurs, elles laissent les collègues s’arranger pour leurs horaires. Les deux jours de repos hebdomadaire sont souvent discontinus en semaine, et consécutifs uniquement le week-end, c’est-à-dire toutes les deux semaines.

Certains salariés sont partis en vacances sans connaître leur planning. Des mères de famille ne savent toujours pas ce qu’elles vont faire de leurs enfants à 5 h du matin à la rentrée. Les demandes de dérogation pour rester en équipe fixe sont pratiquement toutes refusées par les directions, même dans les services où cela ne pose pas de problème de planning. Les propos de la direction sur l’amélioration de la qualité de vie au travail ne convainquent donc personne.

L’été est particulièrement éprouvant pour le personnel, alors que le sous-effectif est insupportable. Dans certains services, il n’y a eu aucun remplacement estival. Pourtant, les patients sont là et l’activité ne baisse pas. Des lits sont fermés pour les congés des personnels. Mais il manque quand même du monde. Certains traitements ne pouvant être reportés, des lits sont réouverts ponctuellement, sans effectif supplémentaire. Ailleurs, les cadres ont tout simplement refusé des vacances en juillet et août. À cela s’ajoute le déplacement inopiné dans un autre service pour remplacer une absence, une pratique de plus en plus fréquente. Parfois, les cadres l’organisent à l’avance ; parfois, c’est au pied levé.

Un des objectifs affichés de cette réforme est « d’améliorer la performance économique de l’institution », c’est-à-dire d’augmenter l’activité avec moins de personnel. Le plan de Hirsch est donc au diapason de la loi El Khomri.

Tout cela fait réagir le personnel, qui discute de la manière de résister à la mise en œuvre de ces nouvelles règles.

Correspondant LO