Haïti : l’ONU et le choléra

24 Août 2016

Après des années de dénégations, l’ONU vient de reconnaître du bout des lèvres que la souche de bactérie à l’origine de l’épidémie de choléra qui frappe Haïti depuis 2010 y a été introduite par des casques bleus.

Les eaux usées d’un bataillon de soldats népalais de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) ont contaminé la rivière dans laquelle elles ont été déversées. La maladie s’est ensuite répandue de façon dramatique, dans un contexte de chaos sanitaire aggravé par le séisme intervenu quelques mois plus tôt dans ce pays, parmi les plus pauvres du monde.

Alors que le choléra n’avait pas frappé Haïti depuis cent cinquante ans, l’épidémie actuelle serait la pire que le monde ait connue depuis des décennies. 800 000 personnes ont été touchées, presque 8 % de la population, et 10 000 sont décédées.

Des ONG se battent depuis des années pour faire reconnaître la responsabilité de l’ONU, espérant lui faire payer des compensations pour les victimes et des moyens pour protéger la population. Il serait question de quelque 40 milliards de dollars. Mais il est improbable que l’ONU paye, car elle est protégée par une immunité qu’elle a déjà fait jouer dans cette affaire. Bien loin de fournir à la population les moyens sanitaires les plus élémentaires, les grandes puissances envoient des troupes défendre ce qu’elles appellent la stabilité du pays, c’est-à-dire un ordre conforme à leurs intérêts et à ceux de la bourgeoisie locale, sans se soucier des conséquences pour la population.

Nicolas CARL