Abidjan : le scandale des déchets du Probo-Koala

24 Août 2016

Le 19 août 2006, l’épandage de 528 mètres cubes de déchets liquides toxiques sur des décharges d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, tuait 17 personnes et en intoxiquait entre 40 000 et 100 000. L’enquête qui s’ensuivit montra le mépris des industriels du pétrole pour la vie des gens, en particulier dans un pays pauvre, et la complicité des autorités.

Le Probo-Koala était un vraquier grec de 180 m lancé en 1985, à l’équipage russe, immatriculé au Panama, qui transportait du pétrole pour Trafigura, une société suisse créée et dirigée par un Français et dépendant d’un groupe néerlandais. Le pétrole provenait du Texas, à destination de différents ports, dont Amsterdam. C’est là qu’il tente d’abord de vider sa soute à déchets, qui débordait. En vain : les produits que Trafigura prétendait faire retraiter ne correspondaient pas à ce qu’il déclarait, l’opération aurait demandé trop de temps et coûté trop cher.

Le navire repart donc avec ses déchets et, après plusieurs escales où le problème ne peut être résolu, il aborde au port d’Abidjan, où la société Tommy a été créée le mois précédent et, comme par miracle, a reçu le 9 août l’agrément officiel pour traiter des déchets toxiques. En fait de traitement, les déchets sont chargés dans des camions affrétés par Tommy, qui vont simplement les répandre sur les décharges de la ville, provoquant une pollution géante. Des dizaines de milliers de gens sont frappés de maux de tête, de diarrhées et de vomissements, et 17 en meurent.

La Côte d’Ivoire était en pleine guerre civile et les ministres de Laurent Gbagbo étaient faciles à corrompre. Il y eut bien des poursuites, des procès, mais finalement l’État ivoirien renonça, en échange de 152 millions d’euros. Les officiels ivoiriens empochèrent aussi une bonne partie des 33 millions d’indemnisations aux victimes. Et l’arrivée au pouvoir de Ouattara ne changea rien : c’est un de ses neveux qui dirige aujourd’hui la filiale ivoirienne de Trafigura.

Mais la justice des pays riches ne se montra pas plus efficace contre les requins de Trafigura. Le Probo-­Koala fut parfois bloqué dans un port, sur réquisition de la justice. Des dirigeants du groupe furent brièvement incarcérés. Mais tous furent finalement libérés. Les juges et les autorités des pays riches n’ont pas besoin d’être achetés pour faire respecter la loi des trusts. Et Trafigura continue de prospérer. Ses filiales contrôlent même la distribution de carburant en Angola et Côte d’Ivoire, arrosant au passage les dirigeants locaux.

Vincent GELAS