Grande-Bretagne : l’onde de choc du Brexit06/07/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/07/2501.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : l’onde de choc du Brexit

Le choc causé par la victoire du Brexit lors du référendum du 23 juin continue à faire des vagues dans le pays.

Sur les marchés financiers, la livre continue à baisser, au grand dam des milieux financiers, tandis que les actions des grandes banques et des géants britanniques de la construction poursuivent leur chute, perdant plus de 50 % de leur valeur pour certaines. La Banque d’Angleterre, qui est déjà intervenue sur les marchés en injectant des centaines de milliards de liquidités, avait annoncé le 6 juillet un nouveau plan d’urgence afin d’enrayer la vague de spéculation déclenchée par le vote du 23 juin. Mais, comme les liquidités dont elle abreuve les marchés alimentent par ailleurs cette spéculation, rien ne dit qu’elle y parvienne.

Les inquiétudes de la City

Tout cela inquiète beaucoup les hautes sphères de la City de Londres. À telle enseigne que l’un des plus prestigieux cabinets d’avocats d’affaires londoniens, sans doute commandité par de puissants intérêts financiers, a lancé une procédure juridique qui pourrait empêcher le gouvernement d’activer sans l’aval du Parlement l’article 50 du traité de Lisbonne, qui déclenche la procédure de sortie d’un État membre.

Le choc est également loin d’être passé dans la population. Les samedis 25 juin et 2 juillet, des dizaines de milliers de manifestants, en majorité des jeunes, ont envahi les rues de Londres et des grandes villes britanniques. Les uns réclamaient un nouveau référendum, arguant du fait que 62,5 % des électeurs inscrits n’avaient pas voté pour le Brexit. Les autres exigeaient son annulation pure et simple, au motif que sa seule raison d’être a été les rivalités internes au sein du Parti conservateur.

Sur ce dernier point, ces manifestants ont incontestablement raison. Ce fut bien la menace d’une rébellion de la droite du Parti conservateur, effrayée par la montée électorale du parti souverainiste UKIP, qui conduisit Cameron à promettre ce référendum, à la veille des élections parlementaires de 2015. Cameron espérait ainsi ramener l’ordre dans son propre parti tout en privant UKIP de son principal argument électoral. Mais, du coup, la campagne du référendum a pris la forme d’un affrontement public entre les factions rivales du Parti conservateur, dans lequel l’Union européenne n’était plus qu’un prétexte qui a rapidement fait place, dans les deux camps, à la pire démagogie xénophobe.

De la part de Cameron, cette stratégie constituait un pari, qu’il a perdu. Faute de mieux, l’annonce de sa démission à l’automne lui permet de gagner du temps sur la mise en œuvre du Brexit, que les milieux d’affaires redoutent, tout en se plaçant au-dessus de la mêlée pour rétablir un peu d’unité dans les rangs conservateurs.

Farce politicienne

Mais, en fait d’unité, la pantomime politicienne du référendum n’a fait que tourner à la farce. L’ex-maire de Londres Boris Johnson, principal porte-parole de la campagne du Brexit et jusqu’alors candidat déclaré à la succession de Cameron, s’est soudainement désisté. En revanche, son numéro deux, le ministre de la Justice Michael Gove, qui avait juré n’avoir d’autre ambition que celle de faire sortir le pays de l’UE, s’est déclaré candidat, de même que quatre autres ministres du gouvernement Cameron, dont trois partisans notoires du Brexit. Parallèlement, le dirigeant de l’UKIP Nigel Farage annonçait que, ayant accompli son œuvre en obtenant la sortie de l’UE, il se consacrerait désormais… à sa vie privée.

C’est la seule candidate favorable au maintien dans l’UE, la ministre de l’Intérieur Theresa May, qui fait désormais figure de favorite pour le poste de Premier ministre. Il faut dire qu’outre son rôle sécuritaire, qui plaît à la droite du Parti conservateur, May a été également l’initiatrice d’une série de mesures contre les immigrés, européens ou pas. Et ce n’est évidemment pas par hasard qu’elle a préfacé sa déclaration de candidature en insistant sur le fait qu’il n’était pas question de donner la moindre garantie quant à leur statut futur aux deux millions de travailleurs européens vivant en Grande-Bretagne

La surenchère anti-immigrée continue donc, au fil de la lutte que se livrent les poids lourds du Parti conservateur pour promouvoir leur carrière politique.

Mais, quoi qu’il arrive, et malgré les rivalités qui les opposent, les politiciens de la bourgeoisie prendront soin de ses intérêts. Ainsi, le ministre des Finances George Osborne a annoncé une nouvelle baisse de l’impôt sur les bénéfices des entreprises, qui pourrait descendre en dessous de 15 % sous prétexte d’attirer les investisseurs étrangers.

Quant à la classe ouvrière, elle n’avait rien à gagner dans ce référendum, ni les moyens d’y faire entendre sa voix. Mais elle peut d’ores et déjà s’attendre à ce que le futur gouvernement, quel qu’en soit le Premier ministre, lui présente la note du sauvetage des profits capitalistes face aux soubresauts causés par le Brexit. Pour s’opposer à ces nouvelles attaques qui la menacent, elle aura besoin de toutes ses forces, en particulier de celles de ces deux millions de travailleurs européens dont la classe politique voudrait faire des citoyens de seconde zone.

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