Verdun : 300 000 morts, deux vautours

01 Juin 2016

Dimanche 29 mai, François Hollande a reçu Angela Merkel à Verdun. Ils ont conjointement commémoré, avec tout le cérémonial convenu, les 300 000 victimes d’une des batailles les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale.

Hollande et Merkel ont déploré les morts, français et allemands unis, accusé les nationalismes du passé, fustigé les nationalismes d’aujourd’hui et plaidé pour que l’Europe soit et reste unie désormais. C’est la musique officielle d’aujourd’hui, celle de l’entente des capitalistes allemands et français, d’Airbus et de l’euro. C’est évidemment aussi celle qu’on enseigne dans toutes les écoles, des deux côtés du Rhin. Et, pour tous ceux qui ont assez d’humanité pour imaginer ce qu’a été la guerre, cet air-là vaut bien mieux que toutes les fanfares guerrières.

C’est évidemment sur ce sentiment que jouent Hollande et Merkel. Ils prétendent au passage que la paix entre les puissances européennes légitime la guerre de ces mêmes puissances contre les peuples dominés, de l’Afrique à la Yougoslavie, du Moyen-Orient à l’Afghanistan. Ils passent sous silence la guerre sociale que leurs États livrent aux travailleurs, en France, en Allemagne et partout où leurs intérêts dominent. Et, en fait, même pour Verdun, même pour les guerres entre la France et l’Allemagne, leurs discours sur la paix ne valent rien. ­Hollande l’a lui-même rappelé en citant Briand et Stresemann, prix Nobel de la paix pour le rapprochement franco-allemand en 1926, qui n’a pas empêché la Deuxième Guerre mondiale.

La question n’est pas de la bonne ou mauvaise volonté de tel ou tel politicien. Les guerres mondiales furent le résultat nécessaire de la lutte des impérialismes rivaux pour se partager les richesses de la planète. Or non seulement ce sont toujours les mêmes capitalistes qui dominent le monde, mais ce sont aussi les mêmes appareils d’État qui les servent.

L’Union européenne, péniblement construite, voit depuis quelques mois le retour des frontières, des barbelés, des contrôles. Les États, censés construire ensemble un continent de paix, se rejettent à nouveau des cohortes de migrants et de réfugiés, comme dans les années 1930. Les discours nationalistes fleurissent à nouveau, et pas seulement dans les petits pays d’Europe, mais aussi à Berlin et à Paris. L’Union européenne est une façon d’aménager la concurrence entre les classes capitalistes européennes. Elle ne l’a pas fait disparaître et, la crise aidant, cette concurrence peut redevenir féroce, voire mortelle.

Hollande et Merkel ne l’ignorent pas. C’est même leur devoir de responsables politiques que s’y tenir prêt et d’y préparer leur État. Leurs discours pacifistes doivent être jugés à cette aune.

Paul GALOIS