L’Europe aux migrants : mourez, mais pas sur notre sol !

01 Juin 2016

La terrible liste des migrants morts en ayant tenté de franchir la Méditerranée s’allonge. Le Haut commissariat aux réfugiés avance le chiffre de 880 morts en quelques jours. 12 000 ont été recueillis en mer et ramenés en Italie la semaine dernière. À ce rythme, « les arrivées pourraient dépasser les 200 000 cette année ».

Les grandes puissances ont plongé le Moyen-Orient dans un chaos sanglant, par leurs interventions militaires directes et par leur soutien aux groupes armés et aux dictateurs qui rançonnent les populations. Cette politique a entraîné le départ forcé de millions de Syriens, Irakiens ou Afghans... La plupart trouvent refuge dans les pays frontaliers, comme le Liban ou la Jordanie, où ils n’échappent pas à la misère, et même à un certain niveau de violence. La minorité qui tente malgré tout de rejoindre l’Europe empruntait ces derniers temps la route des Balkans, de la Turquie à l’Allemagne ou à l’Angleterre, en passant par la Grèce. Cela limitait le temps passé sur la Méditerranée et les risques de cette traversée.

C’est cette route que les puissances européennes ont décidé de bloquer. D’abord en confiant depuis le 18 mars, au régime autoritaire d’Erdogan, le soin de maintenir les migrants à l’intérieur de la Turquie. Mais aussi en rendant leurs conditions d’accueil et de survie de plus en plus effroyables en Grèce.

Cette volonté de décourager les migrants explique la fermeture du camp d’Idoméni. Ce camp, situé à la frontière gréco-macédonienne, regroupe 8 400 migrants, dont plus de 3 000 enfants, dans la pluie, la boue, victimes de la promiscuité et de réseaux mafieux. Au lieu d’être pris en charge et protégés, les réfugiés vont donc être éparpillés dans des camps plus petits, discrets, éloignés de la frontière, où s’entassent déjà 50 000 réfugiés. En rendant plus difficile et risquée la route des Balkans, cela va pousser les migrants à emprunter une voie beaucoup plus dangereuse, en traversant la Méditerranée à partir de la Libye.

Ces obstacles n’empêcheront jamais des millions de familles de choisir l’émigration, car elles y sont poussées par un risque mortel et une misère effroyable. Les puissances européennes qui ont créé ce problème, se contentent maintenant de le gérer au jour le jour, dans la plus totale inefficacité et avec un mépris glaçant pour les migrants.

La seule formule qui guide l’Union européenne est : déplacez le plus loin possible cette misère, que j’ai créée mais que je ne saurais voir.

Camille LULLE