Hollande – al-Sissi: un dictateur bien utile, et très bon client

20 Avril 2016

En tournée diplomatique au Moyen-Orient, Hollande a fait étape en Égypte pendant deux jours, les 17 et 18 avril, au cours desquels il a rencontré le président égyptien al-Sissi. Si les deux chefs d’État ont évoqué durant leurs entretiens la question de la « sécurité de la région », ils ont surtout parlé affaires, signatures de contrats et vente d’armes.

« La France est le 6e investisseur étranger en Égypte, nous avons l’intention de gravir encore quelques marches », a déclaré Hollande, à la grande satisfaction de la trentaine de patrons qui l’accompagnaient.

Au côté d’al-Sissi, Hollande a ainsi assisté, lors d’un forum d’affaires franco-égyptien, à la signature de 18 contrats et protocoles d’entente, notamment dans les domaines de l’énergie et du transport, dont un accord commercial pour 1,2 milliard d’euros par le consortium Vinci-Bouygues en vue de l’extension d’une ligne du métro du Caire. La vente d’un satellite de télécoms militaires pour un montant estimé à environ 600 millions d’euros a été finalisée pour le plus grand profit de Thales. Le total des contrats signés représenterait plus de deux milliards d’euros et d’autres pourraient suivre encore, concernant la vente de navires de guerre par la DCNS et de Rafale par l’avionneur Dassault.

Après la mort d’un jeune chercheur italien torturé par la police, suite aux critiques d’associations de défense des droits de l’homme sur le « silence assourdissant » de la France et aux reproches de la famille d’un Français mort lui aussi des suites de ses blessures dans un commissariat égyptien, Hollande s’était engagé à aborder la question des libertés en Égypte. « De façon discrète et efficace », avait-il été précisé. Ainsi, entre deux signatures de contrats, à l’occasion d’une conférence de presse, Hollande s’est permis une timide critique du régime égyptien en déclarant que les droits de l’homme n’étaient pas seulement une « contrainte », mais « aussi une façon de lutter contre le terrorisme ».

Malgré la prudence de la formulation et l’attitude de Hollande qui a prié le président égyptien de ne pas y voir « une attaque » mais « une attente, une exigence », al-Sissi a été visiblement agacé. Il a répondu sèchement qu’il ne fallait pas appliquer à l’Égypte « les normes européennes », ajoutant sur un ton de menace : « Je veux préciser une chose : notre travail consiste à protéger une nation de 90 millions de personnes. Vous ne pouvez imaginer ce qui arriverait au monde entier si ce pays s’écroulait. »

Al-Sissi sait de quoi il parle : son régime, plus qu’une protection, exerce une dictature sur le peuple égyptien, non seulement dans l’intérêt des possédants du pays, mais aussi dans le cadre du maintien de l’ordre impérialiste en général et des intérêts des trusts occidentaux, français notamment. Alors les dirigeants impérialistes qui, tout en étant parfaitement conscients de l’utilité de ce régime, viennent faire la fine bouche sur ses exactions, sont priés de s’abstenir de ces hypocrisies.

Hollande se l’est d’ailleurs tenu pour dit, sa petite déclaration n’ayant pour but que de tenter de sauver la face. Une fois cette question « efficacement » évoquée, les deux chefs d’État ont pu continuer à parler de ce qui les préoccupe vraiment : les affaires en général, et les ventes d’armes en particulier.

Marc RÉMY