Manifestations paysannes : une colère légitime

17 Février 2016

Les manifestations paysannes se poursuivent dans la plupart des régions. Avant le blocage total de la ville de Vannes lundi 15 février, il y avait eu quelques jours auparavant la mise à sac d’une Chambre d’agriculture, organisme censé représenter les intérêts du monde agricole. Certains en ont été surpris, mais cela manifestait la défiance profonde d’une partie de la paysannerie envers ceux qui sont supposés les représenter, et en théorie les défendre. Et c’est peu dire que cette défiance est justifiée.

Depuis bientôt un an, des milliers d’agriculteurs petits et moyens, en particulier les éleveurs de porcs et les éleveurs-producteurs de lait, protestent contre la dégringolade des prix d’achat de leur production, qui amène une proportion considérable d’entre eux au bord de la faillite. Jusqu’à 40 % des éleveurs de porcs seraient dans une situation financière dramatique. Ils sont victimes de ceux qui contrôlent le marché, leurs propres coopératives, les industriels du secteur, les centrales d’achat de la grande distribution et l’ensemble des opérateurs financiers et industriels.

Les revendications des agriculteurs et ce qu’elles deviennent

Les producteurs les plus touchés réclament des prix d’achat minimum leur permettant de vivre. Alors que les prix de tout ce dont ils ont besoin pour produire et les prix à la consommation augmentent, les prix d’achat des productions ont régulièrement baissé, en particulier le lait et la viande, et tout particulièrement le porc. Ces prix ont baissé de 40 % dans certains domaines depuis dix ans. Tous, gouvernement, coopératives, industriels, centrales d’achat, répondent que c’est la loi du marché, de l’offre et de la demande, ajoutant : « Si vous voulez survivre il faut améliorer votre compétitivité », un air connu.

Certes, les producteurs, les éleveurs ne sont pas dans la condition des millions de salariés. Si ceux-ci ne possèdent que leurs bras et leur cerveau pour faire face à l’exploitation des capitalistes, eux ont un capital, une terre, du matériel, et d’ailleurs, pour cela, une dette sans cesse renouvelée. Mais s’il y a en haut de l’échelle de véritables capitalistes de la terre, la plupart restent des artisans de la terre qui s’exploitent eux-mêmes.

Jusqu’à ce jour, personne ne répond à la revendication de revalorisation des prix. Le gouvernement parle de baisses de charges, qui n’intéressent que les plus riches, ceux qui ont de nombreux salariés agricoles, voire d’accorder quelques aides qui profiteront d’abord aux plus gros. Quant aux aides à la modernisation, elles signifient en clair accélérer la concentration des exploitations et la mort économique du plus grand nombre.

Trahis par ceux censés les défendre

Les paysans qui sont au bord du gouffre sont en fait abandonnés par leur syndicat, la Fnsea, dont le dirigeant est lui-même un grand capitaliste du secteur. Les dirigeants de la Fnsea reprennent la même chanson que le gouvernement et font passer sous la table les revendications de ceux qui manifestent.

Le pire est que, parmi les plus acharnés à imposer une baisse des prix aux producteurs, se trouvent leurs propres coopératives : la Cooperl dans la production des porcs et la Sodiial pour le lait marchent la main dans la main avec les autres groupes capitalistes de leur secteur. Pour finir, la banque qui provoque souvent la mise en liquidation des exploitations est le Crédit agricole, banque coopérative créée historiquement pour aider les agriculteurs.

Et le drame est que, malheureusement, il n’existe pas un mouvement ouvrier combattant avec force contre l’exploitation capitaliste et qui, à ce titre, pourrait s’adresser aux éleveurs en leur montrant qu’en fait les travailleurs et les petits agriculteurs ont les mêmes ennemis, contre lesquels ils peuvent combattre ensemble.

Il est urgent qu’un véritable parti ouvrier puisse offrir aux siens, mais aussi aux autres catégories de travailleurs, une perspective de combat pour sortir de l’impasse dans laquelle les mène cette société.

Paul SOREL