Crise : un nouveau pas vers le gouffre

17 Février 2016

Ces derniers jours, les tensions sur les marchés boursiers se sont concentrées autour des difficultés des banques européennes, faisant craindre un krach encore plus violent que celui de 2008. Les spéculateurs doutent de la capacité des banques européennes à dégager des marges suffisantes dans un contexte de ralentissement de l’économie mondiale.

La facturation de la tenue des comptes des particuliers qui va se généraliser en France, la hausse des taux des prêts immobiliers en Suisse ou encore la facturation des dépôts des grandes entreprises en Allemagne, les plans massifs de suppressions d’emplois dans le secteur bancaire leur paraissent encore insuffisants. Mais surtout, les banques européennes conservent dans leur bilan des masses importantes d’actifs pourris, entre les créances risquées des banques italiennes, le recours croissant à des investissements à risque à travers les « bad banks » échappant à toute réglementation ou encore via des portefeuilles de titrisation pour la Deutsche Bank. Les spéculateurs craignent que cela n’entraîne un nouvel effondrement du système bancaire alors que les institutions économiques mondiales revoient toutes leurs prévisions à la baisse.

Pour répondre à ces inquiétudes des « investisseurs » qui ont abouti à la baisse des Bourses européennes depuis le début de l’année, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a réaffirmé qu’il n’était pas question de changer de politique. Le Quantitative Easing (QE), politique de rachat d’obligations d’États qui atteint 60 milliards d’euros par mois, ne devrait pas connaître de coup d’arrêt, pas plus que les prêts massifs à des taux quasiment nuls aux institutions financières y ayant accès. Comme l’a déclaré Mario Draghi, il n’existe « pas de limite » à la politique de l’argent facile que distribue la BCE. L’objectif était de convaincre les marchés, c’est-à-dire les capitalistes, que quel que soit l’évolution de l’économie, ils pourront compter sur la planche à billets de la Banque centrale européenne pour venir les soutenir en cas de nouvelle tempête boursière.

Parlant des promesses du grand argentier de l’Europe, un analyste économique a résumé l’ensemble en une formule : « Super Mario n’a pas encore tiré au bazooka, mais il l’a sorti du placard. » Ainsi les milliards de la Banque centrale européenne ne vont pas cesser d’affluer dans les caisses des spéculateurs, venant ajouter leur petit ruisseau au chaos incontrôlable des flux financiers. Les formules magiques de Draghi ont entraîné momentanément une légère remontée des cours des Bourses européennes. Mais cette politique ne fait qu’aggraver le caractère incontrôlable des mouvements financiers sur la planète et démontrer l’impuissance des dirigeants à remettre un peu d’ordre dans le chaos des marchés.

Incapables de contrôler leur propre système, les dirigeants des grandes institutions financières en sont réduits à nourrir l’appétit insatiable des spéculateurs en leur promettant qu’ils pourront continuer à faire des profits malgré le recul de l’économie réelle, faisant un pas de plus vers l’effondrement de leur système.

Gilles BOTI