Zika : un virus de la pauvreté

03 Février 2016

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’épidémie de Zika connaît actuellement une propagation explosive et il faut s’attendre à trois ou quatre millions de cas cette année en Amérique latine. Ce problème de santé recouvre un problème social : celui du sous-développement des infrastructures sanitaires dans les pays touchés.

Le virus Zika est transmis par les mêmes moustiques que la dengue et le chikungunya. Ils se reproduisent dans les eaux stagnantes des pays tropicaux, en particulier dans les rigoles d’écoulement des eaux usées, les cours et terrasses non drainées, les tonneaux de stockage des eaux de pluie des bidonvilles et des quartiers pauvres. Un système d’adduction d’eau, de ramassage des ordures et de tout-à-l’égout en viendrait sans doute à bout. Il manque dans les régions pauvres d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Avec un million et demi de cas de Zika recensés, en plus de 1,6 million de cas de dengue, le Brésil est aujourd’hui le pays le plus frappé. Le virus, qui de la région du Nordeste s’est répandu dans tout le pays, semble être arrivé avec des touristes asiatiques ou africains lors du Mondial de football de 2014. Il est en train de gagner toute la partie tropicale de l’Amérique latine, du Mexique à l’Argentine. Parmi les départements et territoires français d’outre-mer, il touche la Guyane et les Antilles, tout comme il avait en 2013 contaminé en trois mois un Polynésien sur cinq. Dans les pays riches de la zone tempérée, comme la France, les seuls cas recensés concernent des voyageurs revenant d’Amérique latine.

Il n’y a contre Zika ni vaccin, ni traitement, ni moyen de diagnostic rapide. Or il entraîne parfois chez l’embryon une atrophie du cerveau, une microcéphalie, qui n’est détectable que tardivement. Cela pose problème, même dans les pays autorisant l’avortement. Au Brésil c’est pire, car l’avortement n’y est autorisé qu’en cas d’absence totale de cerveau. L’épidémie de Zika provoque déjà une recrudescence des avortements clandestins, alors que chaque année un million de Brésiliennes y ont recours et que, parmi celles qui n’ont pas accès à une coûteuse clinique privée, près de 200 en meurent.

Zika relance le débat sur la dépénalisation de l’avortement au Brésil, ainsi que sur la politique de santé et d’assainissement menée par le gouvernement. Il coupe dans les budgets et réduit les personnels, menaçant même l’existence des services de détection et de combat des endémies. C’est une politique criminelle, dont on voit les conséquences aujourd’hui.

Vincent GELAS