Centre hospitalier de Mayotte : des économies criminelles

20 Janvier 2016

Depuis plusieurs mois, des incidents mais aussi des drames ont eu lieu au centre hospitalier de Mayotte, le seul que compte l’île. Début janvier, un nourrisson n’ayant a priori pas de problème de santé est mort quelques jours après sa naissance ; plusieurs décès inexpliqués étaient survenus également quelque temps auparavant.

Des patients ou leur famille dénoncent l’insalubrité du CHM, qui doit de surcroît faire face à une saturation de l’accueil des patients. De l’aveu même de la cour régionale des comptes, il y aurait au CHM « une altération de la qualité des soins » qui serait due à un problème de gestion de l’hôpital et à un manque criant de moyens.

Avec moins de deux lits pour 1 000 habitants (contre 3,5 à La Réunion ; 6 en métropole), l’hôpital de Mayotte fait office de parent pauvre. Au service maternité, qui a enregistré près de 7 500 naissances en 2014, presque le record de France, le personnel travaille à flux tendu toute l’année. La situation est la même dans tous les services de cet hôpital, qui accueille non seulement la population mahoraise mais aussi les nombreux migrants des îles sœurs voisines. La plupart sont en situation irrégulière. Ils fuient la misère et débarquent bien souvent sur l’île française malades ou blessés, parfois grièvement. Le personnel, qui se retrouve à soigner des maladies que l’on ne voit plus en Europe, tire la sonnette d’alarme.

Mayotte est le département français le plus mal loti en établissements de soins et de santé. Il fait les frais de la politique de restriction budgétaire de l’État qui préfère consacrer des sommes importantes à lutter contre l’immigration clandestine. En ce domaine, les moyens de l’île ont été renforcés ces dernières années. Gendarmerie maritime, police aux frontières et douane ont reçu de nouvelles vedettes. De nombreux radars ont été installés, qui maintenant couvrent l’ensemble des approches maritimes de Mayotte. Tous ces dispositifs sont régulièrement complétés par des moyens venant de La Réunion (comme des patrouilleurs) ou de métropole (comme des avions de surveillance maritime Falcon 50M).

Entre les dépenses de santé et celles consacrées à la chasse aux migrants le gouvernement a choisi… un choix bien révélateur de toute sa politique.

Émile GRONDIN