Yémen : le pouvoir saoudien tente d’éteindre l’incendie qu’il a allumé

16 Décembre 2015

La guerre au Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, est devenue particulièrement dévastatrice depuis mars 2015 et l’intervention de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Mardi 15 décembre, les différents camps ont décrété un cessez-le-feu et entamé des négociations.

Depuis mars 2015, les bombardements saoudiens ont fait des milliers de morts. L’association Amnesty international a même révélé que des écoles avaient été délibérément prises pour cibles. Des centaines de milliers de gens ont été déplacés et, en à peine neuf mois, 170 000 personnes ont dû fuir le pays. Car pour le pouvoir saoudien la guerre civile du Yémen est un enjeu majeur.

En 2011, les mobilisations dites du « printemps arabe » avaient ébranlé le pouvoir du dictateur de l’époque, Ali Abdallah Saleh. L’intervention en coulisse de l’Arabie saoudite et des États-Unis avait alors abouti à la mise en place d’une nouvelle dictature sous la coupe du numéro deux du précédent régime, Abd Rabbo Mansour Hadi.

Ce nouveau pouvoir fut ensuite déstabilisé par une rébellion qu’il avait tenté de mater, celle des houthistes. Après s’être rendues maîtresses du nord du pays, ces milices arrivèrent jusqu’à la capitale Sanaa. Elles pactisèrent avec une partie de l’armée liée au précédent dictateur Saleh. Continuant leur offensive jusqu’à Aden, la grande ville du sud, elles obligèrent Hadi à fuir le pays et se réfugier en Arabie saoudite.

Alors, en mars 2015, pour soutenir un pouvoir qu’elle avait contribué à mettre en place, l’Arabie saoudite a monté une coalition militaire avec, entre autres, les monarchies pétrolières de la péninsule arabique et sous la bénédiction des États-Unis. Les bombardements saoudiens et l’appui des troupes de cette coalition permirent au pouvoir d’Hadi de reprendre Aden et une partie du territoire perdu.

Mais depuis plusieurs semaines leur contre-offensive fait du sur place. Notamment parce que, dans les régions libérées des houthistes, le pouvoir doit aussi faire face aux djihadistes d’al-Qaida et de Daech qui, depuis des années, profitent du chaos pour se développer. Ainsi, la coalition saoudienne a dû retirer du combat contre les houthistes 2 000 soldats envoyés par les Émirats arabes unis, pour les envoyer à Aden lutter contre les groupes djihadistes. Après avoir concentré toute une partie de son arsenal militaire contre les houthistes, l’Arabie saoudite s’est finalement donc résolue à entamer des négociations avec eux.

Au Yémen comme en Syrie, les interventions diplomatiques et militaires des puissances régionales et de l’impérialisme ont entraîné une situation catastrophique et ouvert la voie au développement des djihadistes. Faisant le parallèle entre les deux pays, le responsable du Comité international de la Croix-Rouge déclarait même récemment : « Le Yémen, après cinq mois, ressemble à la Syrie après cinq ans. »

Et, comme en Syrie, ces puissances essayent maintenant de trouver des solutions politiques au chaos qu’elles ont elles-mêmes engendré. Mais rien ne dit qu’elles puissent le maîtriser.

Pierre ROYAN