Tout continuera comme avant

16 Décembre 2015

Dès le soir du second tour, une bonne partie des responsables politiques de droite comme de gauche ont entonné leur couplet sur le thème : le message a été bien reçu et tout va changer ! Après avoir mobilisé les électeurs pour faire barrage au FN, il leur fallait bien essayer de faire croire à l’utilité d’avoir voté pour eux.

Xavier Bertrand a donné le la : « J’ai rencontré la colère des gens, le sentiment d’abandon. (…) La misère, je l’ai prise comme un coup de poing en pleine figure. Et ça a changé à jamais ma façon de faire de la politique », a-t-il assuré dès 20 heures. Seul un comédien de longue date pouvait tenter ainsi de grimer sa face d’ancien ministre du Travail de Sarkozy en un poussin sorti du nid découvrant la misère sociale ! La posture semblant lui plaire, il a poursuivi en annonçant l’abandon de ses autres mandats et son retrait des primaires à droite. Tel le sage sur la colline, Xavier Bertrand se retire ainsi d’une compétition dans laquelle il n’avait aucune chance et qui s’annonce généreuse en coups bas.

Bruno Le Maire, autre candidat à la primaire de la droite, a tenté d’en rajouter sur le mode dramatique, déclarant que face à la catastrophe il fallait « tout changer », et avant tout changer « les têtes ». Pousse-toi de là que je m’y mette : que voilà une grande nouveauté politique !

Côté gauche, si on peut dire, Valls n’a pas lésiné non plus sur le ton mélodramatique. « Il faut d’abord redonner envie de voter pour, et pas uniquement contre. Il faut changer d’abord les comportements. (…) Il faut que nous nous rassemblions sous une République qui donne sa chance à chacun », a-t-il affirmé, un peu en retard sur Bertrand, avant de promettre des changements politiques majeurs pour répondre à la détresse de la population exprimée dans le vote FN : « Mon gouvernement est totalement mobilisé pour cela : urgence pour lutter contre le terrorisme, urgence pour lutter contre le chômage. » Comme Hollande l’est depuis 2012… avec les résultats que l’on sait ?

Les autres responsables ont joué la même partition. Cambadélis, en tant que secrétaire du PS, propose une nouvelle mouture de l’Union de la gauche, mais avec un nouveau nom : l’Alliance populaire. Emmanuelle Cosse, des Verts, invoque « une refondation du régime politique français pour aller vers une meilleure représentation des Françaises et des Français ». Même Estrosi a des idées sur une nouvelle façon de gouverner.

Tous ces hommes politiques de la bourgeoisie savent meubler les médias en brassant du vent. Ils parlent d’autant plus de changement que les uns comme les autres n’ont qu’une politique : la défense des intérêts patronaux, même si cela mène la population à la misère et la société dans une impasse. Ils savent que cela peut engendrer des crises sociales et politiques graves. Mais ils n’ont rien d’autre à proposer que de continuer.

Parler de « tout changer pour que rien ne change », telle est leur référence !

Marion AJAR