Libye : un nouveau terrain d’intervention ?

16 Décembre 2015

Valls a déclaré le 11 décembre : « Nous avons un ennemi, Daech, l’État islamique, que nous devons combattre, écraser, en Irak, en Syrie, et demain sans doute en Libye. » Une intervention militaire est donc clairement évoquée dans ce dernier pays.

Des avions du Charles-de-Gaulle viennent d’ailleurs d’y faire des vols de reconnaissance. Peu de temps auparavant, le Premier ministre avait dit que la Libye est « incontestablement (…) le grand dossier des mois qui viennent ».

Depuis l’intervention militaire des puissances impérialistes de 2011, qui avait abouti à la chute du despote Kadhafi, la situation n’a fait qu’empirer. Le pays est livré à la concurrence meurtrière des bandes armées et l’on a actuellement deux gouvernements rivaux, l’un dans la capitale traditionnelle Tripoli à l’ouest, non reconnu internationalement, l’autre à Tobrouk à l’est, qui lui est reconnu. Ce chaos et ces affrontements sont propices à l’implantation de Daech, qui a déjà pris pied à Syrte, à peu près à mi-chemin de Tripoli et de Tobrouk, et qui contrôlerait 250 kilomètres de côtes du pays. Les milices de Daech avanceraient même vers les principaux champs pétrolifères, situés surtout au sud de Syrte. « Il faut absolument que cessent les conflits intralibyens, sinon le vainqueur militaire ce sera Daech », a déclaré le ministre français de la Défense, Le Drian.

C’est le grand frisson, en premier lieu pour les compagnies pétrolières auxquelles le ministre du Pétrole du gouvernement de Tripoli avait déjà lancé un appel il y a quelque temps en demandant « l’aide de nos amis Total, ENI, Wintershall » (compagnies italienne et américaine).

Sous la pression de l’ONU, des discussions se sont déroulées à Rome entre les frères ennemis libyens de Tripoli et de Tobrouk, pour une réconciliation générale et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La signature est prévue pour le 16 décembre au Maroc. Mais d’ores et déjà des oppositions se sont fait jour en Libye, et il ne suffira certainement pas d’un tel bout de papier pour mettre fin au chaos. S’il leur devient trop difficile de se maintenir au Moyen-Orient, l’immensité du territoire libyen serait pour Daech un repli commode, avec ses puits de pétrole et sa communication possible avec le Mali et toute l’Afrique centrale.

Les dirigeants occidentaux n’ont pas fini de faire intervenir leurs armées pour tenter d’empêcher l’extension d’un risque djihadiste qu’elles ont été les premières à nourrir.

André VICTOR