Afghanistan : les États-Unis embourbés

21 Octobre 2015

Barack Obama a annoncé le 15 octobre le maintien de plusieurs milliers de soldats américains en Afghanistan au-delà de 2016, revenant ainsi sur l’une de ses promesses électorales de 2008.

Obama avait aussi promis de fermer le centre de détention de Guantanamo, où les autorités américaines ont enfermé sans procès pendant des années des centaines de prisonniers capturés en Afghanistan. Mais son secrétaire à la Défense a annoncé le mois dernier que plusieurs dizaines d’entre eux y resteront « détenus indéfiniment ».

L’intervention impérialiste de l’armée américaine, soutenue entre autres par l’armée française, n’a amené en Afghanistan ni la sécurité, ni la fin de la corruption et du trafic d’héroïne, et encore moins la démocratie promise en 2001 lors de l’invasion du pays. Elle n’a pas non plus fait disparaître les talibans.

La population afghane paie cette guerre par près de 100 000 morts depuis 2001, et bien plus de blessés. Des millions d’Afghans ont quitté leur pays. Les habitants des zones frontalières du Pakistan aussi sont touchés massivement.

Les États-Unis, malgré les centaines de milliards de dollars investis dans cette guerre et cette occupation depuis quatorze ans, malgré les 140 000 soldats occidentaux impliqués au plus fort du conflit (sous Obama en 2011), malgré les dizaines de milliers de mercenaires des compagnies de sécurité privées, n’arrivent pas à imposer que leurs impopulaires alliés afghans tiennent le terrain. C’est d’ailleurs parce que les talibans sont présents dans nombre de districts afghans, et parfois prennent des villes, comme Kundunz il y a deux semaines, que les États-Unis sont contraints de maintenir leurs troupes dans le pays.

Partir d’Afghanistan, alors que les talibans sont à l’offensive, aurait l’air d’une défaite pour l’impérialisme américain et son armée. Mais y laisser une armée d’occupation pour une durée indéfinie, sans aucune perspective de victoire, est tout aussi problématique pour les États-Unis. Telle est l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui l’impérialisme américain.

Comment le successeur d’Obama à la Maison-Blanche tranchera-t-il le problème afghan ? Nul ne le sait. Il est cependant certain que le sort de la population afghane ne sera pas pris en compte. D’ailleurs il ne l’a jamais été, pas plus que celui d’autres peuples sur lesquels l’impérialisme assoit sa domination.

Lucien DÉTROIT