Espagne : les enjeux des élections de Catalogne

05 Août 2015

C’est le 27 septembre 2015 qu’auront lieu les élections au Parlement de la Généralité (la grande région ou « Autonomie ») de Catalogne. De semblables élections ont eu lieu dans la plupart des autres Autonomies. Mais en Catalogne elles ont ceci de particulier que plusieurs partis politiques annoncent que l’enjeu pourrait être la reconnaissance de son indépendance. Une mesure que le gouvernement central de l’État espagnol dénonce comme illégale et contraire à la Constitution.

Le parti le plus déterminé dans la voie indépendantiste est le parti de droite dirigé par Artur Mas, qui multiplie les défis au gouvernement central dirigé par Mariano Rajoy, le leader du parti de droite au pouvoir à Madrid. Après avoir organisé des manifestations de plusieurs centaines de milliers de personnes sur le thème de l’indépendance de la région, Artur Mas est allé de l’avant avec l’appui du parti catalaniste de gauche ERC-Gauche républicaine catalane et d’un regroupement catalaniste radical, la CUT. Le référendum consultatif de septembre 2014, sur le principe de l’indépendance de la Généralité, avait remporté un succès reflétant un mécontentement présent dans les classes populaires.

Mais depuis, la machine a connu des ratés. Il y a eu la contre-offensive du gouvernement central de Madrid qui a balayé ce relatif succès et multiplié les menaces d’une rupture totale des relations et des crédits en cas de proclamation de l’indépendance. Puis un certain nombre de scandales concernant le parti de la droite catalaniste d’Artur Mas a éclaboussé l’ensemble du parti. Artur Mas a cédé la place de tête de liste à un représentant de l’indépendantisme moins agressif. L’ERC a pris ses distances, la CUT aussi. Et la victoire aux élections municipales du mois de mai de la coalition de gauche, incluant Podemos et conduite par Ada Colau qui a été élue maire de cette capitale régionale, ont rendu Artur Mas plus prudent.

Pour les élections à la Généralité, Artur Mas a choisi de ne pas demander aux électeurs de se prononcer pour l’indépendance, mais pour le droit d’en décider. Il estime que si 68 % des députés élus sont des partisans de l’indépendance, il ne faudra pas reculer devant la responsabilité de la proclamer. La modération de ses propos lui a permis de conserver ses alliés de l’ERC et de la CUT. À ce stade il est clair qu’Artur Mas cherche avant tout un moyen de peser dans des négociations avec Madrid, sans provoquer une rupture risquée.

Il est évident que la place qu’aura le débat sur l’indépendance dans les semaines à venir mettra au second plan les problèmes des classes populaires, pourtant apparus comme décisifs lors des élections municipales aussi bien à Barcelone que dans d’autres villes de cette région importante.

À quelques mois des élections générales, le résultat de ces élections régionales de septembre aura en tout cas des conséquences sur la situation sociale et politique à l’échelle du pays.

Henriette MAUTHEY