Maroc : le mariage des mineures reste autorisé

22 Juillet 2015

Au Maroc, une commission parlementaire s’apprête à voter un amendement au code de la famille qui devrait repousser une nouvelle fois l’interdiction du mariage des mineurs. Il est question de maintenir pour cinq années supplémentaires les dérogations au mariage à 18 ans.

Dans de nombreuses régions, les mariages de mineurs continuent. Ils concernent essentiellement des jeunes filles de 14 à 17 ans. Ces mariages sont validés par des juges conservateurs qui se contentent du consentement des parents ou d’un représentant légal de la mineure.

En constante augmentation, ces mariages sont passés de 18 344 en 2004 à 35 152 en 2013. Ils ont représenté 11,5 % des mariages enregistrés cette année-là.

Mais le nombre réel des mariages de mineures au Maroc reste inconnu, car les mariages religieux, « validés » par un verset du Coran, ne sont pas recensés et, de ce fait, non enregistrés à l’état civil. Ils existent dans bien des régions, comme dans le Haut Atlas, par exemple, où la fondation Ytto, qui lutte contre la violence faite aux femmes, a récemment dénoncé ces pratiques au cours d’une de ses caravanes militantes. Il n’est pas rare de rencontrer des filles de moins de 14 ans mariées de force, en particulier dans les régions enclavées, sans route ni école ni hôpital, où la population est laissée dans l’ignorance, ne serait-ce que de ses droits élémentaires.

Ces fillettes mariées ont moins de chances d’aller à l’école, ont plus de problèmes gynécologiques, ont des enfants très tôt et risquent donc davantage de mourir en couches. De jeunes mères se retrouvent abandonnées, sans aucun recours pour faire reconnaître par le mari un enfant né d’un mariage non officiel et obtenir des aides sociales, sans parler de retrouver pour elles-mêmes une place à l’école.

Le PJD, le Parti justice et développement, parti islamiste à la tête du gouvernement, souhaiterait que le mariage soit autorisé dès 16 ans. S’il n’a pas encore osé promulguer une telle loi, c’est sans doute grâce à la contre-pression des partis de gauche et des associations militant pour l’égalité des droits.

Malika FARES