Pologne : après l’élection de Duda

03 Juin 2015

Le 24 mai, la droite cléricale a emporté l’élection présidentielle en Pologne, avec la victoire du leader du PiS (Parti du droit et de la justice), Andrzej Duda. Dans son entourage, on retrouve Kaczynski, frère jumeau du président disparu en 2010 dans un accident d’avion, dont Duda reprend la politique.

Duda a battu l’ex-président Komorowski, représentant de la droite libérale, qui inspirait du dégoût à la partie la plus démunie de la population, avec son mépris affiché des problèmes matériels des classes laborieuses.

Le désaveu de Komorowski a profité au premier tour à un outsider politique, le chanteur Kukiz, qui en s’en prenant aux politiciens, personnalités et journalistes sur fond de nationalisme, a obtenu 20,80 % des voix.

L’ex-Parti communiste, au pouvoir jusqu’en 1989, et qui y était même revenu de 1995 à 2005, n’a pas tiré profit cette fois-ci du recul de la droite. Devenu SLD (Alliance de la gauche démocratique) et représenté dans ces élections par une actrice qui prétendait favoriser l’expression de la société civile, il n’a capté que 2,38 % des voix, soit bien moins que son électorat habituel.

Certes, la Pologne affiche un taux de croissance avoisinant 3 % et une économie qui réussit un peu mieux que celles de ses voisins. Mais si la domination des trusts ouest-européens sur l’économie procure quelques retombées à une couche d’entrepreneurs et de petits bourgeois, en revanche, travailleurs, chômeurs, retraités aux pensions minuscules en sont les laissés-pour-compte. Tout comme des pans entiers de la société, souvent victimes de la « reconversion » de l’économie polonaise depuis 1989 : salariés des fermes d’État licenciés dans le nord et l’est, habitants de ces mêmes régions où très peu d’entreprises sont venues s’implanter, qui subissent un fort taux de chômage et de bas revenus.

C’est dans les régions pauvres, les petites villes désindustrialisées et les campagnes, surtout de l’est et du sud-est, que le vote Duda a été très élevé.

Celui-ci a fait campagne en surenchérissant sur le terrain nationaliste, notamment en disant vouloir surtaxer banques et supermarchés étrangers, tout en affichant des intentions « sociales », comme celle de revenir sur la retraite à 67 ans décidée par le précédent gouvernement. Des intentions bien modestes car il veut maintenir l’âge de la retraite à 65 ans.

Et puis, on sait que lorsque le gouvernement était aux mains du PiS (et Duda y a détenu des responsabilités), il n’a pas défendu la population pauvre contre son exploitation par les trusts européens ou les entreprises polonaises. Incapable qu’il est, comme ses prédécesseurs, d’être autre chose qu’une carpette devant les capitalistes et donc de satisfaire les attentes sociales de ses électeurs, Duda a multiplié les rodomontades nationalistes, cléricales et réactionnaires, particulièrement odieuses sur le plan des mœurs et du droit des femmes.

« Le jour de notre victoire viendra et Varsovie sera Budapest », disait Kaczynski, en 2011 après la défaite du PiS, en clamant son admiration pour le gouvernement hongrois de Orban, l’un des plus xénophobes et réactionnaires d’Europe. Duda ira-t-il dans ce sens, dans une Europe de l’Est où se développent la surenchère et les conflits nationalistes ? En tout cas, il est sûr que les électeurs des couches populaires n’ont à attendre de son arrivée au gouvernement que des mots creux et de nouvelles attaques.

Nelly MEYER