Les Républicains : nouveau nom, vieilles ficelles

03 Juin 2015

Le 30 mai, au cours d’un congrès extraordinaire expédié en quelques heures, Sarkozy a fait disparaître l’UMP et a fait apparaître Les Républicains.

Les mauvaises langues prétendent qu’il s’agissait de faire oublier les scandales financiers et les tripatouillages, Bygmalion et autres, qui collaient à l’image de l’UMP, ainsi que la guerre de chefs qui n’en finissait plus, et qu’il fallait permettre à Sarkozy de disposer d’un appareil enfin sous son contrôle.

Sarkozy estime sûrement avoir été malin en s’accaparant le registre « républicain » dans lequel beaucoup se reconnaissent et en jouant sur les ambiguïtés mêmes de ce terme devenu fourre-tout. Il a expliqué, trémolos dans la voix à l’appui, qu’il n’agissait que pour défendre les valeurs républicaines faute desquelles notre société s’effondre toujours plus. Lesdites valeurs républicaines d’ailleurs, à la manière Sarkozy, lui permettent surtout de resservir le même plat bien réactionnaire sur lequel il construit ses discours : lutte contre l’immigration, défense des valeurs chrétiennes, de la famille traditionnelle et de la France mise à toutes les sauces.

Le grand show de Sarkozy a donc eu lieu, qui lui a permis de se placer au centre de l’actualité et de contraindre les autres formations politiques et les médias à parler de lui, mais aussi permis à ses seconds couteaux de se montrer et de se placer pour la suite. Le PS a joué aussi sa partition dans cette comédie en portant plainte au sujet du nom Les Républicains, s’indignant de l’OPA faite sur ce terme par Sarkozy. Mais le PS n’a à s’en prendre qu’à lui-même. Ce sont bien les dirigeants socialistes qui, faute justement de défendre des valeurs un tant soit peu socialistes, ne savent plus parler que de République. À force d’appeler au « Front républicain » avec l’UMP pour faire barrage au FN, ils ont eux-mêmes accrédité l’idée qu’entre eux et la droite parlementaire il n’y a plus guère de différence, et même un socle commun : celui de la République justement, un terme à la signification tellement vague qu’il n’a plus aucun contenu social.

Les tentatives de Hollande de reprendre le thème républicain à son compte, lors de son discours au Panthéon pour célébrer les résistants, n’y peuvent rien : dans « République » la droite peut mettre tout ce qu’elle veut ; son nationalisme, ses discours tricolores et même sa xénophobie, sans que la gauche gouvernementale soit vraiment en mesure de dire ce qui l’en sépare.

Stéphane FORT