De la Méditerranée à l’Asie : les migrants victimes d’une société barbare

03 Juin 2015

Après le naufrage meurtrier du 19 avril, au large de la Libye, qui a causé la noyade de plus de 800 personnes, pas une semaine ne se passe sans qu’éclate un nouveau drame impliquant des migrants, d’un bout à l’autre de la planète.

Les circonstances sont partout les mêmes. La pauvreté, la persécution, la guerre ou les exactions des bandes armées poussent de plus en plus de femmes et d’hommes à quitter leur pays et à chercher un travail et une vie meilleure dans un pays moins déshérité. Ils se heurtent partout à des frontières de plus en plus hermétiques et à des polices qui leur font la chasse. Pour parvenir à leurs fins, ces migrants n’ont d’autre choix que de s’en remettre à des passeurs sans scrupules qui les rackettent et les violentent, vont même parfois jusqu’à les emprisonner, les torturer ou les abandonner en mer, c’est-à-dire à la mort dans bien des cas.

Au cours du dernier week-end de mai, plus de 5 000 hommes, femmes et enfants partis de Libye sur des embarcations de fortune, ont été secourus au large de l’Italie. Ils s’ajoutent aux 220 000 personnes qui ont traversé la Méditerranée en 2014, aux 40 000 qui ont tenté le voyage depuis le début 2015. Les patrouilles qui les ont trouvés ont aussi découvert dix-sept nouveaux cadavres. Cela porte à près de 1 790 le nombre de migrants morts ou disparus en tentant de rejoindre les côtes européennes depuis le début de l’année, selon le dernier bilan de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations).

À la mi-mai, les médias ont mis en avant un autre drame, celui des migrants de l’Asie du Sud-Est, piégés en mer depuis plusieurs semaines, dans des bateaux surchargés errant au large des côtes d’Indonésie, de Malaisie et de Thaïlande, empêchés d’accoster par ces différents pays. Il s’agissait cette fois de membres de la minorité Rohingya, persécutés dans leur pays, la Birmanie, ou d’habitants du Bangladesh fuyant la misère.

Une semaine plus tard, les médias ont révélé l’horreur de camps de transit installés dans la jungle de Thaïlande ou de Malaisie, où les passeurs gardent prisonniers ces mêmes migrants jusqu’à ce que leurs familles paient de fortes sommes pour leur permettre de continuer le voyage. Un membre de l’OIM affirme avoir observé dans ces camps « un niveau de traitement et de privation identique à celui des camps de concentration nazis », ce qui est corroboré par les dizaines de charniers retrouvés ces dernières semaines de part et d’autre de la frontière thaïlandaise.

Lors d’une conférence réunie en urgence à Bangkok, les représentants des pays impérialistes n’ont pas manqué de s’indigner de ces pratiques particulièrement atroces, et de reprocher leur passivité aux dirigeants des pays impliqués, la Thaïlande et la Birmanie en particulier. Quel culot et quelle hypocrisie ! Dans la région, c’est l’Australie qui, la première, a empêché les bateaux de migrants de pénétrer dans ses eaux territoriales.

Plus généralement, quel que soit leur pays d’origine, les migrants fuient des situations dont les dirigeants du monde capitaliste sont entièrement responsables. Ils fuient les conséquences des guerres impérialistes menées en Afrique et au Moyen-Orient. Ils fuient aussi le chômage de masse et le dénuement extrême dans des villes surpeuplées ou des campagnes abandonnées et l’exploitation féroce dans les nouveaux bagnes capitalistes qui permet aux multinationales de maintenir, voire d’augmenter leurs profits.

D’un bout à l’autre de la planète, les capitalistes mènent la guerre aux pauvres et la situation faite aux migrants n’en est qu’un aspect, particulièrement révoltant… Contre un tel système, travailleurs des différents pays et migrants candidats à le devenir ne peuvent être que des alliés.

Valérie FONTAINE