Burundi : malgré la répression, les manifestations continuent

03 Juin 2015

À Bujumbura, la capitale burundaise, les manifestations populaires ont repris après la tentative manquée de coup d’État militaire à la mi-mai et sont de plus en plus sauvagement réprimées. La police n’hésite plus désormais à ouvrir le feu sur les manifestants qui s’opposent à un troisième mandat du président Nkurunziza.

Pierre Nkurunziza est au pouvoir depuis 2005. Il dirigeait alors l’un des groupes armés qui avait mis le pays à feu et à sang, attisant la haine entre Hutus et Tutsis. Ces oppositions avaient été cultivées auparavant par les colonisateurs belges, au Burundi comme au Rwanda voisin, pour asseoir leur domination. À l’indépendance, ils léguèrent cet héritage empoisonné aux deux jeunes États, avec les mêmes conséquences sanglantes de part et d’autre de la frontière. La guerre civile qui ravagea le Burundi entre 1993 et 2005 s’était terminée par un accord organisant un partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis, et limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Aujourd’hui, Pierre Nkurunziza veut remettre en cause cette règle. Il a annoncé son intention de briguer un troisième mandat, provoquant immédiatement des manifestations qui durent maintenant depuis plus d’un mois. Comme bien d’autres dirigeants africains, il n’entend pas renoncer à piller les ressources de l’État et veut pouvoir continuer à détourner au profit de son clan les maigres ressources du Burundi, déjà l’un des pays les plus pauvres du monde.

Devant la perspective de le voir rester au pouvoir, des hommes et des femmes risquent leur vie en descendant dans la rue. 40 personnes ont déjà été tuées par la police et l’armée, auxquelles se joignent les milices gouvernementales, les imbonerakure. On compte au moins 500 blessés, matraqués dans la rue ou arrachés de force à leurs logements, et près d’un millier d’arrestations.

Encore n’est-ce là que le bilan de la répression dans la capitale, car la situation dans le reste du pays n’est pas connue. Toutes les radios libres, qui étaient nombreuses, ont été fermées. 110 000 Burundais se sont réfugiés dans les pays voisins, Rwanda, Tanzanie ou République démocratique du Congo pour garantir leur sécurité et celle de leur famille. Deux des cinq membres de la commission chargée d’organiser les élections prévues pour le 26 juin ont même jugé plus prudent de s’enfuir à l’étranger, estimant qu’ils risquaient leur vie.

Mais toute cette violence n’entame pas le courage et la détermination des manifestants, prêts à tout pour en finir avec un régime dictatorial et corrompu.

Daniel MESCLA