Aide publique au développement : une tromperie

03 Juin 2015

Alors que les dépenses des interventions militaires de la France grimpent en flèche, l’aide publique au développement, censée profiter à la population des pays pauvres, continue de baisser. La part de richesse que la France lui consacre est tombée à 0,36 % contre 0,44 % en 2010, alors que l’objectif affiché depuis un demi-siècle, jamais atteint, est le double. Et cette « aide » se concrétise de bien curieuse manière.

Ainsi, bizarrement, l’aide publique au développement contribue à financer ce que le gouvernement appelle « l’accueil » des réfugiés et des demandeurs de droit d’asile : l’examen de leurs dossiers, les indemnités d’attente et de mise en foyer, les mises en centres de rétention, souvent prélude à leur expulsion ! Pour compléter le tableau, cette prétendue aide comprend une contribution – modique nous dit-on – à des opérations dites de « maintien de la paix ».

Il reste tout de même une partie des crédits de l’aide publique au développement qui, on pourrait le croire, bénéficie un tant soit peu à la population des pays pillés par l’impérialisme français. Or, c’est bien rarement le cas. L’Agence française pour le développement, principal distributeur de l’aide, ne consacre que 9 % de son budget à la santé et l’éducation et 2 % à la sécurité alimentaire. L’essentiel va aux infrastructures, sans que l’on puisse distinguer ce qui peut être utile à la population et ce qui servira à transporter le minerai d’Areva avec la logistique de sociétés du groupe Bolloré jusqu’aux ports gérés par le même Bolloré.

En première loge pour profiter de l’aide publique au développement on trouve en tout cas des sociétés comme Bolloré, Bouygues, GDF-Suez, la Saur (eau), SIPH (plantations d’hévéas), Somdiaa (agro-alimentaire) et la Socotec (gestion des risques), actionnaires de Proparco, filiale de l’Agence française de développement et d’un consortium bancaire qui comprend entre autres la BNP, le Crédit agricole et la Société générale. Dans ces conditions les ONG constatent que les crédits ne sont pas orientés vers les besoins les plus urgents de la population et les dons reculent, remplacés par de simples prêts !

Un prêt est d’ailleurs considéré comme faisant partie de l’aide publique au développement, même si le pays auquel il est attribué doit le rembourser avec, en plus, le paiement d’intérêts peu inférieurs à ceux d’un emprunt contracté directement auprès d’une banque. Les pays les plus pauvres étant en général exclus de ces prêts, ils ne reçoivent qu’un quart des crédits de l’aide au développement.

Jean SANDAY