Maroc : le droit à l’avortement est à conquérir

25 Février 2015

Une émission d’Envoyé spécial sur les avortements clandestins au Maroc a été diffusée sur France 2 en décembre. Après cela, le gynécologue Chafik Chraibi, responsable de la maternité du CHU de Rabat, qui accueille les femmes en détresse et principal interviewé du reportage, a été limogé du poste qu’il occupait depuis trente-quatre ans. Le ministère de la Santé a prétexté que les journalistes n’auraient pas eu les autorisations nécessaires.

L’avortement est interdit au Maroc, sauf pour préserver la santé ou la vie de la mère, mais il doit alors être pratiqué par un médecin avec l’accord du conjoint, ou à défaut celui d’un médecin-chef. Cela reste très subjectif, et rend l’avortement difficile d’accès pour nombre de femmes. Les avortements clandestins continuent donc, les amendes et peines de prison, de quelques mois à cinq ans, menaçant à tout moment.

Le roi et le gouvernement islamiste n’ont pas apprécié que la situation des femmes marocaines se trouve exposée aux yeux de millions de spectateurs, en France et dans le monde. Dans le reportage, en effet, on pouvait voir des mères célibataires voilées, complètement perdues, blessées physiquement et moralement, ne sachant que faire de leur bébé, allant parfois jusqu’à l’abandon faute d’autre solution. La peur dominait, peur du qu’en-dira-t-on, de la colère du père ou des frères, peur de ne plus pouvoir se marier du fait d’être devenue fille-mère.

Le professeur Chraibi tente d’aider ces femmes, depuis des dizaines d’années, et est responsable d’une association, AMLAC, qui se bat pour la légalisation de l’avortement, afin qu’aucune femme ne risque plus sa vie en avortant. Selon cette association, il y aurait au Maroc 600 à 800 avortements par jour, et beaucoup de décès de femmes du fait des complications. Des femmes n’hésitent pas à introduire toutes sortes d’objets ou de liquides corrosifs dans l’utérus pour se débarrasser du fœtus et meurent ensuite de septicémie.

Officiellement, la contraception existe au Maroc. Mais, même si la pilule est utilisée, 40 % des femmes n’y ont pas accès, selon les chiffres officiels. Depuis quelques années, plusieurs médecins et assistantes ont été condamnés, y compris à des peines de prison ferme, pour avoir pratiqué des avortements clandestins. Le Premier ministre islamiste, Benkirane, avait en 2012 parlé d’assouplir la loi, pour finalement revenir sur cette annonce, au mépris de l’espoir suscité chez les femmes.

Le professeur Chraibi, continue d’exercer, soutenu par des confrères et des associations des droits de l’homme. Une pétition est en ligne pour qu’il retrouve son poste et pour que le droit des femmes à disposer de leur corps soit reconnu. Même si depuis plusieurs années la pilule du lendemain et du surlendemain sont en vente dans les pharmacies marocaines, l’avortement doit être légalisé.

Malika FARES