American sniper : La fabrique des assassins

25 Février 2015

American Sniper, le dernier film de Clint Eastwood, vient de sortir dans les salles. Dans ce film plus qu’ambigu, plébiscité par le public patriotique aux États-Unis, le réalisateur s’est inspiré d’un personnage réel : Chris Kyle, engagé volontaire pour la guerre en Irak, devenu tireur d’élite des Navy Seals, l’unité d’élite de l’armée américaine, où il est surnommé « la Légende » pour le nombre énorme de ses victimes.

Rendu presque sympathique dans le film, il était en fait un chrétien intégriste, devenu sous l’uniforme un tueur en série, se vantant d’avoir tué plus de 250 personnes. Dans son autobiographie parue après son retour à la vie civile, il se présente comme un « croisé de Dieu », regrettant de ne pas avoir tué encore plus d’Irakiens, qualifiés de « sauvages ». Il s’est vanté aussi d’avoir assassiné trente « pilleurs » à l’aide de son fusil à lunette, lors du cyclone Katryna à la Nouvelle-Orléans, en 2005.

C’est ce type de monstre que fabriquent les guerres de l’impérialisme, des monstres qui parfois se retournent contre leurs propres camarades ou contre la population. Chris Kyle lui-même a en effet été assassiné dans un stand de tir en février 2013 par un autre marine, Eddy Ray Routh, soigné pour stress post-traumatique et qui avait menacé auparavant de tuer toute sa famille. Le lancement du film correspond au début du procès de ce dernier.

Il y a ceux qui deviennent des tueurs assumés, et il y a les autres, bien plus nombreux, que la guerre a détruits. En avril de l’an dernier, un article du New York Times affirmait que plus d’un tiers des 2,6 millions d’anciens combattants américains souffraient de stress post-traumatiques, aux conséquences plus ou moins dévastatrices. Il affirmait qu’en moyenne 22 vétérans se suicidaient chaque jour. C’est-à-dire plus de morts que sur les théâtres d’opération en Afghanistan à la même période.

La guerre menée par les États-Unis a détruit l’Irak. Mais elle détruit aussi ceux qui l’ont faite.

Antoine FERRER