PCF et Front de gauche : l'impasse d'une politique

10 Septembre 2014

Le Front de gauche a tenu son assemblée générale de rentrée, samedi 6 septembre à Montreuil, en présence de ses principaux dirigeants, y compris Jean-Luc Mélenchon qui avait longtemps laissé planer le doute sur sa présence.

Malgré les proclamations des uns et des autres sur la nécessité de « relancer le Front de gauche », l'alliance constituée sous ce nom entre le Parti de gauche et le Parti communiste continue d'être tiraillée entre les calculs différents de ses deux composantes.

Bien sûr, Mélenchon et le dirigeant du PCF Pierre Laurent ont un souci commun. C'est celui de se démarquer autant que faire se peut du gouvernement Hollande-Valls, au moment où celui-ci apparaît comme complètement discrédité au sein des couches populaires. À l'issue de la réunion du Front de gauche, Mélenchon et Laurent ont appelé les députés à refuser la confiance au nouveau gouvernement lors du prochain vote à l'Assemblée nationale. « Nous ne sommes pas d'accord pour rassembler la gauche car, pour les gens, la gauche va jusqu'à Valls et Hollande » a déclaré un des dirigeants du Parti de gauche, Éric Coquerel.

Cependant la direction du PCF semble avant tout soucieuse de sauvegarder les intérêts électoraux de son parti, et en particulier ses élus locaux, et donc de préserver les alliances électorales avec le Parti socialiste. Mélenchon, lui, tente d'apparaître comme le leader d'une sorte d'alternative à gauche au gouvernement Valls et à sa politique. Il peut le tenter grâce aux forces militantes du PCF. C'est leur appui à sa candidature dans l'élection présidentielle de 2012 qui a contribué à le mettre sur orbite, mais il ne veut pas pour autant que ce soutien du Parti communiste l'entrave.

C'est d'autant plus vrai aujourd'hui, au moment où un certain nombre de soutiens de Hollande, de l'écologiste Duflot à l'ex-ministre Montebourg, cherchent eux aussi à prendre leurs distances. Dans la course à qui d'ici les prochaines élections semblera proposer « une autre politique de gauche », la concurrence risque de devenir rude, et les candidats au rôle de leader seront plus nombreux que les élus. Cependant les uns comme les autres auront un point commun, celui de réduire le PCF au rôle de comparse.

Sur ce plan, les dirigeants du PCF n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes : c'est eux qui ont brandi et continuent de brandir comme seule politique et seule perspective le mirage d'une alliance électorale d'où pourrait sortir un gouvernement menant « une vraie politique de gauche ». Au moment où chacun constate le triste bilan de l'union de la gauche portée au gouvernement après l'élection de Hollande, il est de plus en plus difficile de maintenir cette illusion, et le PCF en est réduit à se demander avec qui, et par le biais de quelles alliances, il pourra sauver ses positions électorales, ou du moins en perdre le moins possible.

Cela serait seulement triste, si cette faillite politique n'entraînait pas la désorientation, le découragement de nombreux militants qui, dans la classe ouvrière, avaient mis leur confiance dans le PCF et la politique qu'il proposait. Mais c'est aussi une expérience dont il faut tirer les conséquences. Les travailleurs, les couches populaires n'ont pas à mettre leurs espoirs dans une quelconque combinaison électorale qui se voudrait « vraiment de gauche », voire dans une fantomatique « VIe République ». Ils doivent reprendre confiance dans leurs forces, ne se fier qu'à leurs luttes, redonner vie à une perspective révolutionnaire, celle du renversement de la société capitaliste, qui est la seule vraie perspective communiste.

C'est une voie difficile sans doute, mais c'est la seule possible.

Marc RÉMY